On passe à la défense PF. Je ne suis pas satisfait de la structure de cette section (comme la transition étrange entre l’équité réalisable et le gap concept), je suis donc preneur de toutes suggestions. Je tiens aussi à préciser que j’ai eu du mal à trouver du contenu sur les notions d’équité réalisable et de gap concept. J’espère donc ne pas avoir fait de raccourcis malheureux.
2.3.1 Call un 2bet PF: Equité pure, équité réalisable et gap concept.
a) Quel type de mains?
Le joueur débutant se demande souvent avec quoi il peut call un open… avec les PP? les broadways? les SC? En réalité il doit d’abord comprendre les raisons d’un call. Au poker il n’y a que deux façons de remporter le pot: Soit en misant et faisant coucher notre adversaire. Soit en ayant la meilleure main à l’abattage.
Lorsqu’on call PF, on s’enlève la première façon de gagner, du moins tout de suite. Il nous faut donc une main qui nous permette de souvent gagner à l’abattage tout en ayant de bonnes raisons de ne pas 3bet et donc de tenter de remporter le pot tout de suite. Il y a plusieurs types de mains pour ça, et certains combos entrent dans plusieurs catégories (j’ai volontairement omis les grosses paires qui entrent rarement dans des ranges de call) :
> Les mains à forte équité mais trop faibles pour 3bet pour value (on est devant le range d’open de Vilain, mais derrière son range de call 3bet ou de 4bet). Ce sont les mains qui peuvent gagner à l’abattage sans amélioration. Quand on dit “forte équité”, c’est par rapport au range adverse. Ainsi KQo par exemple possède 50% d’équité contre un range standard d’open du CO, mais moins de 42% contre un range d’open UTG de 15%. Ces mains sont donc les très gros broadways (en particulier AK-AQ s’ils ne sont pas assez forts pour 3bet, mais parfois aussi AJ-AT dans certaines positions, voir même les autres Axo et des gros Kxo lorsque les ranges sont loose), et les PP moyennes.
Ces mains peuvent très souvent supporter au moins une mise post flop, et lorsqu’elles sont menées à l’abattage elles sont souvent gagnantes. Ce sont aussi souvent des mains qui lorsqu’elles ne s’améliorent pas souhaitent jouer un petit ou moyen pot et voir un showdown.
Attention cependant à respecter le gap concept (c’est une phrase que je vais souvent répéter^^), très important en particulier avec les broadways et qui modifie radicalement les rapports d’équité. J’en reparle plus bas.
En plus du problème du gap concept, ces mains ont souvent une équité réalisable moyenne, qui nous oblige à renforcer notre avance d’équité afin de call. Là aussi je vais développer un peu plus loin.
> Les mains à forte “flopabilité”. C’est à dire les mains qui touchent très souvent quelque chose au flop, soit une bonne paire soit un draw qui améliorera. Ce sont des mains qui touchent suffisamment souvent pour gagner le pot à l’abattage. Ce sont principalement les broadways suited ou les grosses cartes connectées. Ici, ce n’est plus tant leur équité PF qui est forte, mais leur équité post-flop. Comme elles percutent souvent les boards, elles peuvent souvent continuer dans le coup après le flop. Certains combos très forts ont à la fois une très forte équité pure et une très bonne flopabilité: ce sont les très gros broadways suited. Mais ces combos sont tellement forts que l’on va souvent préférer les 3bet.
> Les mains dites “à potentiel”. Ce sont des combos qui vont rarement gagner à l’abattage mais qui peuvent être joués en cas de grosses cotes implicites parce qu’elles ont le potentiel pour faire de gros jeux (mais rarement). Pour avoir de grosses cotes implicites, il faut que les odds soient bonnes (donc que les stacks effectifs soient suffisamment gros), que les Vilains soit mauvais (commettent des erreurs comme overplay une top pair), qu’on réalise souvent notre équité, et enfin qu’on soit si possible en position. Ce qui fait tout de même beaucoup de conditions à respecter et qu’il ne faut pas oublier. Ces mains sont les petites PP (stratégie de setmining) qui ont peu de jouabilité mais qui hit tout de suite au flop, et les mains connectées basses qui elles nécessitent normalement de la FE (semi-bluff) pour réaliser entièrement leur équité (en dehors des cas de multiways où les odds à elles seules peuvent éventuellement suffire). Donc avec les low PP il faut souvent gagner un gros pot lorsqu’on hit, et avec les SC il est en plus souvent important de pouvoir remporter le pot post-flop sans toucher.
Pour résumer, nous avons donc:
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Des mains à très forte équité pure. Grosses broadways (dont la hauteur dépend des ranges adverses) et PP moyennes.
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Des mains avec des équités pures plus basses, mais qui frappent plus souvent les boards. Broadways suited et combos connectés hauts. Dit autrement des combos à équités PF assez moyennes mais avec de bonnes équités post-flop.
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Des mains à faible équité pure mais avec le potentiel de faire des nuts. Petites PP et combos connectés bas.
b) Approche plus théorique.
Voici pour l’approche simpliste par type de mains. Maintenant penchons nous sur les raisons théoriques de call un open raise. Il y a trois facteurs à prendre en compte pour les ranges de call:
-> La cote du pot (les “odds”). Les odds hors blindes contre un open à 3bb sont de 40%. Celles en blindes OOP face à un open à 3bb sont de 31% en BB et 36% en SB, face à un open à 2.5bb sont de 27% en BB et 33% en SB, et face à un open à 2bb de 25% en BB et 30% en SB. Celles en BB face à un open à 3bb de SB sont de 33%.
-> L’équité de notre main face au range de Vilain. Il faut théoriquement que l’équité de notre main face au range adverse soit supérieure à la cote du pot. Mais ce n’est pas suffisant et il choisir des mains non dominées (gap concept) qui peuvent suffisamment souvent réaliser leur équité (voir paragraphe suivant).
-> L’équité réalisable. Plus les combos sont connectés et plus leur équité réalisable augmente grâce à leur meilleure “flopabilité”. Mais il a bien d’autres facteurs. Ceci nous mène au paragraphe suivant.
c) L’importance de l’équité réalisable.
Plus l’équité pure diminue et plus l’équité réalisable doit être importante pour défendre un combo, et plus l’équité réalisable est faible et plus l’équité pure doit être forte pour défendre un combo. L’équité réalisable est extrêmement difficile à calculer, ce qui rend très compliqué la construction de ranges et nous oblige à tenir compte d’une multitude de critères. Voici les plus importants. Pour ce qui suit j’ai quasiment fait un copier-coller d’un post de Wilcza sur PA.
- la jouabilité de la main: une paire de 4, par exemple, ne peut que rarement réaliser toute son équité car elle devra souvent abandonner son equité face à des overcards au flop. A noter que la jouabilité est différente de la flopabilité. La flopabilité est la probabilité de frapper un flop, y compris des bonnes paires, alors que la jouabilité est la possibilité de continuer dans les coups après le flop. Mais ce n’est là qu’une définition personnelle sujette à débat.
- l’agression du vilain: face à un vilain agressif on verra moins de streets ce qui réduit nos probabilités de réaliser notre équité. Au contraire contre un joueur passif on ira souvent jusque la river pour réaliser toute notre équité.
- la position: avoir la position permettra plus facilement de réaliser son équité, notamment grâce au check back, mais aussi grâce à l’avantage d’informations.
- le range advantage: parfois confondu avec l’initiative. Avoir un range plus fort que son adversaire permet d’aller plus loin dans les spots et devrait diminuer l’agression de l’adversaire.
- la quantité d’adversaire: en général, plus il y a de joueurs au flop, plus ils sont honnêtes. Le fait d’être plusieurs donne aussi de meilleures côtes contre les mises, ce qui permet de réliser son équité plus profitablement.
Comme je le disais, plus l’équité pure est faible et plus l’équité réalisable doit compenser. Je pense que pour call, il faut que l’équité de notre main face au range adverse soit supérieure aux odds lorsque notre équité réalisable est faible (tout en respectant le gap concept), mais peut s’en rapprocher, voir être en dessous IP, lorsque l’équité réalisable est forte. Ainsi on foldera des mains à bonne équité, mais en jouerons d’autres avec une équité moins fortes parce qu’elles pourront plus souvent la réaliser.
Quand je vous présenterai les ranges que je vous conseille, vous verrez que je sacrifie l’équité pure en faveur de l’équité réalisable dans les cas suivants:
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IP et en BB avec les low PP. Dans le premier cas la position est importante. Dans le second on a de bonnes odds.
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IP avec quelques SC et broadways suited basses. Grâce à la position.
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En BB avec des combos connectés en combats de blindes. Contre des ranges loose on augmentera notre bluff equity.
Je rajouterais que l’équité réalisable peut augmenter en choisissant de 3bet plutôt que de call grâce à la FE. Il est souvent intéressant d’utiliser des combos ayant des équités pures très proches contre les ranges d’open et de call 3bet de nos adversaires. On se retrouve dans une situation où on a presque la même équité mais avec une plus grosse fold equity. Les combos qui retiennent le mieux leur équité (même s’il y a d’autres paramètres à prendre en compte) sont des combos souvent moyens-hauts/connectés. De plus il se pourrait que le fait de bloquer les ranges de call adverses, souvent orientés mains moyennes, soit utile. Du moins dans ma database personnelle ce sont les combos qui ont le plus gros 3Bet success, mais il se peut que le fait de les 3bet dans des situations bien particulières (ranges polarisés) influe sur ce résultat.
Pensez à utiliser des logiciels de calcul d’équité pour voir ce que ça donne avec différents combos contre différents ranges. C’est la même chose pour les ranges de 3bet: regarder leurs équités face aux ranges de call 3bet et comment ils percutent les flops. Pour bien réussir à l’adapter ingame, il n’y a pas de secrets, il faut faire des tonnes de tests hors tables jusqu’à ce que ça devienne instinctif. Mais déjà on peut commencer par se demander: est-ce que ma main domine le range de Vilain? si la réponse est non, soit on fold, soit on 3bet bluff pour certains combos non dominés. Par exemple, pour call KJo, on se demande si Vilain va open des KTo et des K9o. Dans un registre différent, mais avec la même réflexion, quand on a la possibilité de 3bet AQo, il faut se demander si Vilain va call un 3bet avec AJo. Ce qui nous mène au gap concept…
d) Respecter le gap concept.
Il s’agit du concept de défense PF le plus important, et celui qui est souvent le moins respecté par les mauvais joueurs.
Parfois nous avons une équité pure correcte face au range de Vilain, mais lorsque nous touchons une paire nous sommes dominé par sa portion de range qui a aussi hit.
On ne va call que des combos qui sont plus forts que ceux du bas du range d’open de Vilain. Nous souhaitons dominer son range et non être dominé. Ceci est particulièrement vrai pour les broadways, surtout offsuit. On ne va pas call ATo si la main la plus faible du range d’open de Vilain est AJo. On ne va commencer à call qu’à partir de AQo. L’idée est que lorsque nous touchons une TP Vilain peut value moins bien, mais aussi que nous pouvons le value bet s’il décide de ne pas miser. Il s’agit simplement d’une application du principe d’accumulation d’avantages: appliquer l’avantage de cartes.
Ce concept est renforcé lorsque les ranges d’open de Vilain sont strongs et lorsque nous sommes soit OOP, soit que les odds sont mauvaises. Et à contrario amoindri lorsque les ranges sont loose et les cotes offertes sont favorables, comme en BB vs steal (voir un peu plus bas). Plus notre position est défavorable et plus le gap concept est renforcé car moins nous pourrons réaliser notre équité. Abandonné régulièrement une partie de notre équité doit nous inciter à la renforcer pour rentrer dans le pot. Les positions les plus mauvaises sont la SB, mais aussi en MP car on n’est même pas sûr de voir un flop. La situation la plus confortable est en BB vs SB, nous avons la position et la certitude de voir un flop. D’ailleurs il s’agit de la seule situation où notre range de défense sera plus loose que le range de notre adversaire, mais d’autres notions viennent s’ajouter comme ne pas devoir abandonner trop d’équité, j’en reparlerai plus tard.
Le gap concept peut aussi s’appliquer aux SC, aux PP et à tout autre type de combos comme les Ax. Dans le cas des PP, le gap concept est peu important en petites limites à cause de la profitabilité du setmining.
Croyez-moi, appliquer le gap concept à la lettre vous facilitera la vie et vous vous évitera de perdre une tonne d’argent. D’ailleurs une des raisons pour laquelle les récréatifs perdent autant d’argent (la plus importante restant leur manque de lecture de ranges post-flop) c’est qu’ils call beaucoup trop de combos dominés.
e) La BB, une position Ă part.
Enfin le cas particulier et complexe de la BB. Ici on aura souvent de belles cotes pour réaliser notre équité post-flop, surtout face à des min-raises. On aurra alors une stratégie assez simple: si on a les cotes PF pour call avec nos mains marginales (mains suited assez hautes, mains connectées moyennes, 2 cartes assez hautes, etc…) on va call et jouer essentiellement notre équité post-flop. L’idée est que plus l’open de Vilain est faible, plus son range est loose, et plus on aura de bonnes cotes pour call des mains marginales. Post-flop , on se contentera de jouer très propre et souvent de manière prudente avec nos combos potentiellement dominés.
Je développerai plus en détail dans les paragraphes “s’adapter aux stealers” et “le jeu enBB”.
f) Comment adapter nos ranges dans le cas d’un limp suivi d’un iso-raise?
Ce qu’il faut retenir c’est que les odds directes sont mauvaises… mais avec la probabilité que le limper call ensuite les implied sont améliorées. La première question est donc de savoir si on veut jouer avec le limper, quite à garder l’iso-raiser dans le coup. Mais l’investissement PF reste non négligeable, souvent entre 4 et 5bb, parfois même plus, et dans une bonne majorité des cas nous serons OOP, ce qui rend l’investissement avec des combos type SC assez mauvais. Il est bien sûr aussi très important d’évaluer le range de l’iso-raiser. Voici ce que je recommande la plupart du temps, en sachant que plus le limper est mauvais, plus on voudra jouer des pots contre lui, et plus on sacrifiera l’avantage de cartes, tout en évitant d’oublier le gap concept face à l’iso-raiser:
-> Le range de base ne comprend quasiment que des PP moyennes et broadways suited, plus ou moins hautes selon la position et le sizing de l’isoraiser. Il faut vraiment comprendre que les odds offertes, même avec les implied ne sont pas favorables. En BB par exemple nous avons des odds de 32%. OOP sans l’initiative notre équité réalisable n’est pas excellente, que ce soit avec les broadways offsuit qui ne hit pas suffisamment ou avec les combos connecté généralement non profitables OOP avec des telles odds.
Au CO et en SB nous serons extrêmement tight et folderons des KTs, des A3s ou des 77 (sauf si on estime avoir de grosses implied). Exemple de range de call par défaut: 88+ ATs+ KJs+. Exemple de range de 3bet: essentiellement des broadways offsuit et les premiums…
Au BU et en BB, nous pourrons call la plupart des PP et des grosses broadways suited. En BB vs iso de BU ou de SB nous pourrons rajouter des combos type SC dans nos ranges de 3bet bluff.
Les broadways offsuit seront donc très souvent fold ou 3bet. AJo et KQo seront les combos privilégiés pour 3bet bluff. Seul quelques AKo et AQo seront parfois call, plus souvent AQo. Il faut aussi savoir que le move 3bet vs iso est très rentable et l’est bien plus que call avec beaucoup de combos.
Ranges de 3bet vs iso:
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Les premiums pour stack off.
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Des broadways offsuit donc (principalement AJo KQo, mais aussi parfois AQo )…
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Les mains de notre range de 3bet bluff dans les positions vs l’iso-raiser. Donc souvent des combos connectés/suités.
C’est quand l’iso-raiser est au BU que nous aurons le range de 3bet le plus loose. Mais le move est aussi rentable lorsqu’il est en SB, donc OOP sur notre BB.
Prendre en compte le stack du limper.
S’il est short stack on ne va pas 3bet la troisième catégorie de combos, et on ne va 3bet la deuxième que si on est prêt à se commit contre lui.