Pourquoi vous ne progressez plus au poker et comment y remédier

Pourquoi vous ne progressez plus au poker et comment y remédier

Vous jouez toutes les semaines au poker, vous ne ratez aucun épisode de DLTDP, vous regardez régulièrement des vidéos techniques, consultez souvent des mains postées et lisez même de temps en temps un article. Mais force est de l’avouer, ces derniers temps, vous avez stagné, voire même régressé. Voici pourquoi.

L'origine de la science de l'expertise

Les spécialistes s’accordaient à dire que la mémoire à court terme pouvait retenir en moyenne entre 6 et 8 “objets” (par exemple, des chiffres ou des mots) et que rien ne pouvait changer cet état de fait, durablement inscrit dans la structure rigide de notre cerveau.

Le chercheur en psychologie K. Anders Ericsson a été le pionner et reste un expert mondial de la science de l'expertise. Son premier fait d’armes remonte à la fin des années 70’s. A cette époque, on pensait que la mémoire à court terme était un trait inné et fixe. Les spécialistes s’accordaient à dire que la mémoire à court terme pouvait retenir en moyenne entre 6 et 8 “objets” (par exemple, des chiffres ou des mots) et que rien ne pouvait changer cet état de fait, durablement inscrit dans la structure rigide de notre cerveau.

Ericsson doutait de la validité ce consensus, et supposait à l’inverse que la mémoire, telle un muscle, pouvait être améliorée par l’entraînement. Pour tester son hypothèse, il a fait appel à un des cobayes préférés des chercheurs en psychologie : un étudiant en psychologie. Contre quelques dollars, le jeune Steve Faloon allait participer à une expérience qui allait révolutionner la psychologie de l’entraînement et même la compréhension de notre cerveau.

L’étudiant et le chercheur se voyaient les soirs, 5 fois par semaine. Anders commençait par lire à voix haute à Steve une série de 5 chiffres, au rythme d’un chiffre par seconde. Steve devait ensuite redonner toute la série de tête. Quand Steve avait bon, Anders augmentait le nombre de chiffre de 1 et quand Steve avait faux, Anders diminuait la série de 2. Ainsi le cobaye se trouvait toujours avec un défi correspondant plus ou moins à son niveau, stimulant mais pas trop.

Lors de la première séance, un lundi, Steve était dans la moyenne, se rappelant de 7 chiffres, parfois 8 mais jamais plus. Les trois jours suivant, il faisait à peine mieux, avec une moyenne légèrement en dessous de 9. Il a justifié son amélioration par l’habitude mais avait déclaré qu’il ne pensait pas pouvoir s’améliorer, confirmant sans le savoir l’hypothèse dominante.

Mais le vendredi, le 5e soir d’entraînement, Steve a réussi sa première série de 10 chiffres -5718866610- , puis sa première série de 11 chiffres -90756629867- ! Steve a continué de s’entraîner et de progresser, lentement mais sûrement. Avant de commencer, Ericsson lui-même ne pensait pas que son cobaye pourrait dépasser les 12/15 chiffres. Après 200 sessions d’entraînement, Steve a réussi à retenir une série de 82 chiffres, donnés au rythme d’un par seconde. Voici pour l’exemple une série de 82 chiffres aléatoires :
0326443449602221328209301020391832373927788917267653245037746120179094345510355530

Cette étude a été la première des dizaines effectuées par Ericsson sur la science de l’expertise durant ses 40 ans de carrière. C’est lui qui inventera le terme de “deliberate practice” et qui est à l’origine de la fameuse règle des 10 000 heures popularisée par Malcom Gladwell et souvent mal comprise.

D’après Ericsson, rares sont les traits innés qui influencent le niveau. On peut citer par exemple la taille pour jouer au basketball, mais Ericsson clame qu’en 4 décennies d’études de top performers, il n’a jamais rencontré un seul “génie né” et que tous les meilleurs se sont engagés dans des milliers d’heures de “pratique délibérée”.
Mais qu’est-ce donc, la pratique délibérée ?

Pratique naïve vs pratique délibérée

Practice makes perfect” disent les Anglais. Mais c’est faux ou tout du moins incomplet : certaines pratiques, certains “entraînements” ne font pas progresser.

Une fois atteint un certain niveau de compétences et d’automatismes les recherches montrent toutes que les années supplémentaires de simple pratique n’apportent aucune amélioration.

Un conducteur avec 20 ans d’expérience ne conduit pas mieux qu’un conducteur avec 5 ans d’expérience. Il en va de même pour les profs ou les médecins.

Pour les joueurs de poker c’est pire, si vous vous contentez de jouer, même plusieurs heures par semaines, voire par jour, et regarder des émissions de divertissement genre DLTDP, aussi sympas et bien faites soit-elles, non seulement vous n’allez pas progresser, mais comme le niveau général augmente, vous allez en fait régresser.

Einstein avait dit que la folie, c’est de “refaire toujours la même chose et espérer des résultats différents”. De manière similaire, Ericsson a défini la pratique délibérée “non pas comme la simple exécution ou la répétition de compétences déjà acquises , mais comme des tentatives répétées de dépasser son niveau actuel, tentatives nécessairement associées à un taux d’échec conséquent”.

Plus précisément, chaque session de pratique délibérée doit répondre à plusieurs critères :

  • Avoir un but spécifique et atteignable. Par exemple “progresser au poker” n’est pas un bon but alors que “apprendre mes ranges en CG 100BB deep en SB vs un open du bouton” en est un.
  • Recevoir un feedback. Simplement lire un tableau de range ne sert à rien. A l’inverse, se tester en se demandant que faire avec telle main dans telle situation avant de vérifier est utile.
  • Sortir de sa zone de confort. Si vous ne faites aucune erreur à l’entraînement, c’est que vous vous êtes mal entraîné…
  • Etre concentré durant l’entraînement. Il vaut nettement mieux faire 20min d’entraînement intensif, pleinement focus, qu’une session de 1h en dilettante.

Notre coach Bibibiatch avait tweeté sur les mauvaises et bonnes pratiques et il aura le mot de la fin :

 

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