Faut-il améliorer ses forces ou corriger ses faiblesses au poker ?

Faut-il améliorer ses forces ou corriger ses faiblesses au poker ?

Eternel débat dans la vie et au poker en particulier : vaut-il mieux chercher à avoir un niveau correct dans tous les domaines ou se concentrer sur ses atouts quitte à délaisser ses points faibles ?

L’aspect financier

Le but du poker étant de gagner de l’argent, il est nécessaire d’aborder la question des forces et des faiblesse d’un point de vue financier. Pour cela, il faut considérer deux aspects : la fréquence et le gain potentiel.

Corriger les faiblesses que l’on peut éviter est inutile d’un point de vue financier.

Si vous êtes un joueur gagnant en Holdem et perdant en Omaha, il semble plus pertinent de travailler le Holdem pour augmenter vos gains que d’étudier le Omaha pour un jour être break even. Idem si vous êtes gagnant en CG et perdant en MTT.

Le rapport fréquence / gain donne l’importance du sujet à étudier.

Si par exemple vous avez une range trop tight d’open UTG, on pourrait considérer que ce n’est pas si grave, car sur une seule de ces mains que vous couchez au lieu de jouer, votre Ev sera 0 au lieu d’être légèrement positive. Mais comme à chaque tour vous serez UTG une fois, ces erreurs s’additionnent jusqu’à coûter cher.
Être très mauvais en HU quand on ne joue que des MTT peut sembler bénin, ça arrive très rarement et quand ça arrive, on est déjà heureux. Mais dans certains prizepools la différence entre les deux premières places peut être énorme et ce défaut s’avère coûteux à la longue.
En revanche bien jouer les pots 3-bet en CG est extrêmement bénéfique car c’est à la fois une situation fréquente et avec des grandes conséquences financières.
Ainsi, plus un spot est fréquent et potentiellement rentable, plus il est important à maîtriser.

Considérer le rapport marge de progression / durée d’entraînement pour départager les sujets importants.

Dans le passé vous avez beaucoup pratiqué le HU mais ne jouez maintenant qu’en MTT. Quand vous arrivez au HU final, à stack égal, vous faîtes 55% contre un joueur moyen du field. On a vu que le HU était relativement important en MTT car certes très rare, mais avec un gain potentiel considérable. Cela dit, si vous estimez que pour passer de 55% à 56% il vous faut plusieurs dizaines d’heures d’entraînement, il y a sûrement mieux à faire.
En revanche, si vous n’avez jamais pris la peine de vous construire un range de 5-bet car c’est rare et que jusqu’à présent vous vous en sortez pas mal au feeling, ça peut valoir le coup de passer quelques dizaines de minutes avec un coach ou devant un logiciel.

De manière générale, passer de “très mauvais” à “correct” demande relativement peu de temps alors que passer de “très bon” à “excellent” en prend énormément. Entre deux sujets d’égales importances d’un point de vue fréquence / gain potentiel, il paraît donc plus profitable de corriger ses faiblesses ce qui demande peu de temps que d’améliorer ses points forts ce qui en consomme plus.

L’aspect psychologique

Le plaisir

Le plaisir est souvent à la fois cause et conséquence du niveau. On est bon dans ce que l’on aime et on aime ce pour quoi on est bon. En ce sens, il est préférable de privilégier ses forces, dont l'entraînement peut être amusant que ses faiblesses, dont l’entraînement peut être rébarbatif.

La motivation

Ce point rejoint le précédent. Un joueur sera souvent plus motivé à travailler ses points forts qu’à corriger ses faiblesses. La motivation jouant sur la qualité de l’entraînement, toutes choses égales par ailleurs, travailler ses forces est plus bénéfique.

La confiance

Si l’on peut pécher par excès de confiance, il est encore pire d’en manquer. Un joueur qui se concentre sur ses qualités jouera sûr de lui tandis qu’un joueur focus sur ses défauts jouera en plein doute.

Le sempiternel débat n’est donc pas tranché. Rationnellement il faut privilégier les spots importants, c’est à dire fréquents et à gains potentiels élevés. Entre deux spots d’égales importances, il vaut mieux préférer l’étude de celui où l’on est le plus faible, car a priori  notre marge de progression y est plus grande pour un même temps d’étude. Cela dit, travailler nos forces nous apporte plaisir, motivation et confiance et ces bénéfices secondaires ne sont pas sans importance financière indirecte.

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