Le meilleur joueur de poker de tous les temps est…

Le meilleur joueur de poker de tous les temps est…

Stu Ungar ? Chip Reese ? Doyle Brunson ? Phil Hellmuth ? Phil Ivey ? Daniel Negreanu ? Tom Dwan ? Viktor Blum ? Dan Colman ? Alexandre Luneau ? Un autre ? Venez le découvrir.

Tout le monde ici s’est déjà demandé qui est le meilleur de joueur de poker de tous les temps. Cette question n’est d’ailleurs pas propre au poker : considérez les incessants débats Ronaldo vs Messi et ceux qui essayent de comparer ces champions aux Zidane, Maradona et autres Pelé. La réponse de certains sera péremptoire, ils s’écrieront “Stu Ungar !” ou “Dan Colman !” comme si c’était une évidence connue de tous. Des joueurs plus prudents préféreront citer plusieurs grands joueurs sans vouloir trancher. D’autres enfin jugerons la question insoluble. C’est ce que nous allons tenter de voir dans cet article : peut-on répondre à cette question de manière rationnelle et non passionnelle ? Peut-on définir “le meilleur joueur de poker”. Est-il possible de comparer les joueurs contemporains à ceux du passé ?

Définir “le meilleur joueur de poker”.

Tournois, cash-game et variantes.

Pour déterminer qui est le meilleur joueur de poker, il faudrait d’abord se mettre d’accord sur ce qu’est le poker. Faut-il plutôt considérer les tournois ou le cash-game ? Établir une moyenne entre les deux ? Et quelle variante considérer ? Le No Limit Holdem, reconnu comme la “Rolls Royce” du poker depuis les années 70, présente bien des arguments, mais le meilleur joueur de poker ne devrait-il pas maîtriser plusieurs variantes ? Selon qu’on parle du meilleur joueur de Holdem, du meilleur joueur de HORSE ou plus généralement du meilleur joueur en Dealer’s Choice, les résultats seront différents. Notons que si l’on choisit cette dernière option, Alexandre Luneau peut décemment prétendre au titre de meilleur joueur du monde, alors qu’il n’est sûrement pas le meilleur joueur de Holdem en cash-game et encore moins en tournois.

Les gains.

La méthode la plus simple pour déterminer le meilleur joueur est de regarder les gains, par exemple à l’aide de sites comme TheHendonMob pour les tournois lives et highstakesdb pour le jeu en ligne. Malgré sa simplicité, cette méthode présente de nombreux défauts. Elle est trop result-oriented, surtout pour les tournois : Esfandiari a ainsi remporté 70% de ses gains en tournois au seul Big One for One Drop. Elle compare des totaux établis sur des périodes bien différentes : est-il pertinent de comparer les gains d’un Seidel durant 30 ans à ceux d’un Colman durant 6 ans ? Les sites ne sont pas parfaits et ne tiennent pas compte des buy-in dépensés et du multi-accounting. En outre, même si la sélection de tables fait partie de l’arsenal d’un joueur de poker, il n’est pas très convaincant de considérer qu’un million pris à un Guy Laliberté vaut autant qu’un million pris à un Antonius. Enfin, ces sites omettent tous les gains en cash-game live, qui pour beaucoup dépassent tous les autres gains.

Rappelons qu’un des plus grands runs en cash-game live de l’histoire, si ce n’est le plus grand, a été réalisé en quelque 2 ans et demi par Archie Karas entre 1993 et 1995, où il a transformé 50$ en plus de 40 Millions en affrontant au poker les Ungar, Bronson, Reese, Moss et autres Chan à Vegas, avant de tout spew en quelques semaines dans des jeux de hasard.

Le joueur avec le meilleur best-of.

Un génie fait la différence avec un bon joueur sur deux points : la plupart du temps, il sera un peu plus précis, jouera des coups avec un peu plus d’Ev et aussi, de temps en temps, il jouera des moves que “seul un génie peut trouver”. Ainsi, il ne parait pas absurde de regarder quel joueur a le plus de main géniales. Mais l’échantillon serait biaisé : si un joueur a un profil de calling station, il est facile de trouver 10 héros calls incroyablement bons… et aussi 10 autres incroyablement mauvais. Chez un pur degen, on trouvera beaucoup de bluffs géniaux, mais aussi beaucoup de bluffs pourris. La méthode n’est donc pas pleinement satisfaisante, même s’il suffit parfois d’une main pour se dire “lui, il est clairement au dessus”.

Le joueur le plus GTO.

Une idée pour désigner le meilleur joueur est d’attendre qu’un programme joue parfaitement GTO, lui faire examiner des échantillons représentatifs de grands joueurs et le laisser déterminer lequel est le moins exploitable. Je ne veux surtout pas relancer ici le sempiternel débat jeu GTO vs jeu exploitant, mais notons qu’il s’agirait d’une méthode objective. Cela dit, autant la majorité des meilleurs joueurs actuels essaie de tendre vers un jeu GTO et il y a du sens à évaluer leur niveau ainsi, autant pour les joueurs du passé cela semble désadapté car les meilleurs de l’époque essayaient d’exploiter les failles de leurs adversaires, pas de se construire des ranges équilibrés.

Comparer les joueurs contemporains à ceux du passé.

Le poker a une dimension théorique, scientifique, qui le fait progresser avec le temps. Il me parait évident que l’on joue mieux au poker aujourd’hui que hier et moins bien que demain. Pour comparer les top joueurs de maintenant à leurs illustres prédécesseurs, on peut imaginer deux expériences de pensée. La première consiste à prendre un  Dan Colman, lui faire remonter le temps, et le regarder affronter un Ungar à son top. Je veux bien offrir une belle cote pour parier sur Colman. La deuxième expérience de pensée est de faire voyager le Ungar de 1980 dans le futur jusque maintenant, lui laisser un ou deux ans pour rattraper son retard théorique et ensuite de le faire affronter Colman. Pour cette deuxième expérience, bien malin qui saurait prédire le vainqueur. Ces expériences sont évidemment très subjectives et il faut chercher d’autres moyens de comparaison.

Le plus gros gap entre le n°1 et le n°2

Le niveau d’un joueur dépend de son environnement : les meilleurs jeunes d’aujourd’hui ne seraient pas aussi forts s’ils n’avaient pas pu jouer des centaines de milliers de main en ligne et regarder des centaines de vidéos et lire des dizaines de livres. L’idée est donc de regarder qui s’en sort le mieux comparé à tous les autres, à un moment donné. Autrement dit, quel joueur parmi les n°1 avait le plus gros avantage sur le reste des joueurs. Cela reste subjectif, mais il me semble que le Stu Ungar du début des années 80 avait établi un écard avec ses poursuivants encore jamais égalé.

La plus grande longévité au top

Le poker évoluant constamment, il peut paraître pertinent de chercher quel joueur est resté le plus longtemps au top. Le problème étant de savoir ce que l’on entend par “top”. Un nom parait tout de même incontournable, celui de Doyle Brunson. Rappelons que papy Brunson a fini 3ème du ME des WSOP 1972, remporté son premier bracelet en 1976, son dixième bracelet en 2005, a terminé ITM du ME 2013, et qu’il a joué sur les tables high-stakes durant près de 50 ans.

Encore relativement jeune, Phil Hellmuth mérite d’être cité. Le recordman des WSOP (en nombre de bracelets, de deuxièmes places, de tables finales, d’ITM, bref d’un peu près tout) a obtenu son premier bracelet en 1989 et son dernier 26 ans après en 2015, et il ne compte pas s’arrêter là.

Le pire de tous les systèmes, à l’exception de tous les autres.

Chacune des idées explorées pour déterminer le meilleur joueur de poker au monde présente des défauts. Il en reste une, sûrement la “moins pire” : sonder les experts. Idéalement, il faudrait demander l’avis des top players, en particulier celui de ceux qui y sont depuis des années voire des décennies. A défaut, c’est à vous que je le demande : qui est le meilleur joueur du monde ?

Notons que là encore, on pourrait discuter de la méthode. J’ai opté pour un traditionnel un vote = une seule voix pour un seul joueur, mais on aurait pu imaginer accorder 3 points pour le préféré, 2 pour le deuxième et 1 pour le troisième ou bien d’autres systèmes.

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