Les cahiers du lézard


#1041

1.5.3 Check/raise et raise au turn en bluff.

Je vais parler ici essentiellement des situations où on a call un CBet au flop et nous faisons face à un 2 barrel. Mais on pourra garder certaines idées pour d’autres situations: nous avons check/call le flop au lieu de CBet et Vilain mise encore le turn. On a CBet le flop puis décidé de check le turn OOP. On a subit un donk bet au flop et Vilain mise à nouveau le turn. En position nous n’avons pas CBet le flop et Vilain mise le turn (probe bet). Etc…

On va garder les mêmes idées qu’au flop. La différence principale est qu’on va choisir des combos différents et généralement abandonner nos draws faibles (sauf si nous estimons avoir une très grande FE). En réalité ce qui compte est d’abord l’equity de nos bluffs. Certains combos cités dans le paragraphe précédant possédaient environ 20% d’equity au flop. mais s’ils n’améliorent pas au turn leur equity chute de moitié ce qui les rend moins profitables si le turn n’augmente pas notre FE.

Quel type de combos allons-nous choisir alors? On garde donc ceux qui possèdent autour des 18-20% d’equity. C’est à dire souvent des draws moyens sans showdown value qui deviennent beaucoup plus faibles et difficiles à call profitablement: nos cotes ne sont plus bonnes sur une seule street, surtout lorsque nous sommes OOP avec peu d’implied. Au dessus de cette valeur nous avons un call profitable (selon les sizings adverses). Trop en dessous nous sommes très bas dans nos ranges et la profitabilité de notre bluff dépend trop de la seule FE.

La plupart du temps nous allons facilement abandonner nos gutshots qui ont une equity très faible au turn si elles n’ont pas de grosses over-cards.

Nous allons donc choisir essentiellement des OESD et des FD. En prenant prioritairement ceux qui sont clean sur leurs outs ou qui bloquent les ranges adverses de call. Avec nos OESD nous allons parfois utiliser la même stratégie déjà décrite lorsqu’il y a un FD affiché et que nous possédons une carte de ce FD: on pourra bluffer river si la flush rentre en cherchant à la représenter (attention à bien évaluer les ranges adverses afin qu’ils ne contiennent eux-même pas trop de FD).

A noter qu’au turn si vous êtes IP vous pouvez encore call une mise d’environ 1/2 pot. Les 5 à 8% d’equity directe qu’il vous manque seront compensés par les quelques implied qu’on a toujours en position, surtout avec des draws “invisibles” (certaines straight et les flush backdoor). En cas de mises adverses plus fortes il faudra essayer d’estimer nos cotes implicites. Les nuts FD sont aussi assez souvent encore bons à call pour les quelques reverses en notre faveur, mais surtout parce qu’on a encore parfois la meilleure main (showdown value) et que notre As est possiblement un out. OOP, à moins d’avoir un combo draw ou un très gros nuts FD (avec deux over-cards qui nous donnent la meilleure main assez souvent lorsque nous touchons une paire river) nous ne pouvons que rarement check/call profitablement une mise standard.

Parfois dans certains spots on va transformer en bluff des 2nd pair si nous pensons ne plus pouvoir les call profitablement. Par exemple parce que nous pensons que Vilain va souvent placer un 3 barrel et que nous ne pourrons pas bluffcatch la river. Dans ce cas on va devoir décider entre fold et transformer en bluff. Ce sera surtout le cas OOP. On pourra alors jouer ces combos comme si nous avions middle set. C’est intéressant lorsqu’il n’y a avait pas de draws au flop: notre range de check/raise comprend donc peu de draws et nous piocherons dans des 2nd pair pour bluffer. Ces combos ont l’avantage de bloquer des sets chez Vilain. Gardez en tête qu’il faudra assez souvent shove la river dans l’idée de faire folder des TP. Faites-le donc face à des profils capables de folder ça. Essayez aussi de prendre des combos dont les outs vers DP sont cleans.

1.5.4 Check/raise et raise à la river en bluff.

Je vais essentiellement parler des gros pots, comme par exemple dans une situation où on subit un 3 barrel. Dans les petits pots les notions que je vais aborder sont moins importantes et d’autres éléments prennent plus de place. Mais dans tous les cas, quelque soit votre line, n’oubliez pas d’être crédible et d’avoir aussi des value hands dans vos ranges.

Ici l’equity n’a évidemment plus de place dans le choix de nos bluffs. Par définition elle est de 0. Mais pour être exact elle est de 0 contre les ranges de call adverses et pas forcément contre les ranges de bet adverses. C’est le cas par exemple de paires qu’on pourrait décider de transformer en bluff: elles n’ont pas tout à fait l’equity nécessaire pour bluffcatch. On garde donc encore cette notion d’utiliser le haut de notre range de fold: on se situe sur l’échelle de notre range.

Mais la notion qui prédomine est celle du removal effect.

Si les bloqueurs sont importants sur toutes les streets c’est à la river qu’ils deviennent l’élément déterminant. C’est essentiellement eux qui vont nous permettre de choisir nos combos de bluff.

Idéalement nous prendrons les combos qui possèdent le plus de bloqueurs sur les ranges de bet/call de nos adversaires, et le moins sur leurs ranges de bet/fold. On cherche à bloquer leurs value hands sans bloquer leurs bluffs (il est souvent difficile de concilier les deux). Par exemple deux cartes qui bloquent une straight, ou une qui bloquent straight et l’autre un set ou DP.

Encore plus qu’au turn les 2nd pair ou paires intermédiaires sont parfois de bons candidats pour raise river des 3 barrel lorsqu’on pense que c’est plus profitable que de bluffcatch. Même si les principes qui nous font bluffcatch ou raise bluff sont souvent très similaires. La différence étant qu’on estime que l’un a plus d’EV que l’autre. Parfois on a une main qui peut bluffcatch mais dont l’EV du raise bluff est supérieur si on fait suffisamment folder des mains qui nous battent en plus des bluffs qu’on battait.

Move très profitable en BB vs SB contre des joueurs loose qui barrel beaucoup mais savent faire de bons folds.

Je ne vais pas m’étendre d’avantage ici sur le sujet, j’en ai déjà parlé dans la section sur le removal effect et j’en reparlerai dans la dernière partie sur les stratégies avancées.


#1042

1.5.5 Le 2 barrel bluff en over-bet.

Afin de mettre un maximum de pression l’over-bet est un atout utile s’il est bien utilisé. Choisissez un sizing conséquent, entre 125% et 200% pot (mon standard personnel est 150% pot).

Il y a une idée capitale dans les stratégies d’over-bets: Nous avons un range polarisé. Je vais commencer avec les situations de ranges adavantage où nous aurons généralement une stratégie d’over-bet sur 3 streets, puis j’aborderai les autres situations plus spécifiques au turn.

a) Stratégie d’over-bet avec range advantage contre range capé.

J’en ai déjà parlé dans la section sur les bet sizings et il ne s’agit pas d’une stratégie spécifique au turn. Mais je reviens rapidement dessus.

Cette stratégie sera très utilisée dans les situations où nous possédons un range davantage net. Le cas le plus connu est sur un flop AKxr quand Vilain n’a pas AA KK AK dans son range, et c’est encore accentué s’il n’a pas de set ou de DP grâce à la troisième carte du board. Par exemple s’il a call en SB sur votre open de CO et que le flop est AK2r. Il n’a pas 22 A2 K2 dans son range, ni même souvent les meilleurs As.

Cependant dans certains cas, comme dans l’exemple cité, Vilain peut avoir un avantage d’equity (ce qui ne serait pas le cas s’il avait call en BB). Mais le fait que son range est capé lorsque nous avons tous les nuts dans notre range nous permet de mettre une grande pression. Pour maximiser cette pression l’over-bet est la meilleure arme.

Vilain ne peut théoriquement pas avoir de range de raise dans ces situations, nous permettant de toujours réaliser l’equity de nos bluffs.

Nous allons donc pouvoir over-bet (souvent dès le flop) un range polarisé avec un ratio de bluffs plus important que dans les autres situations. A noter que dans notre exemple nous pouvons tout à fait over-bet en value avec AQ, et même AJ, qui crushent le range capé de notre adversaire. Ceci peut paraître contre-intuitif mais si vous faites des tests d’equity vous vous apercevrez que dans cette situation les TPGK sont des nuts avec plus de 80% d’equity contre le range de notre adversaire.

Avec cette stratégie d’over-bet avec range advantage contre un range capé nous allons théoriquement shove la river à bonne fréquence. Dans certains spots il est théoriquement correct de shove tous nos bluffs. Dans la pratique les choses sont différentes et il faudra être très attentif aux profils en face.

Notez que cette stratégie fonctionnera moins bien contre des profils récréatifs qui sont incapables de folder une TP quelque soit la main que vous représentez.

Nous allons tout de même sélectionner nos bluffs et pas faire n’importe quoi. En général des combos type low FD, GS, ou bottom pair + BDFD (qui bloquent les rares sets que Vilains pourrait avoir) sont de bons candidats pour multibarrel en over-bet en bloquant assez bien les ranges de call et peu les ranges de fold de notre adversaire s’il s’agit d’un reg.

b) Autres situations.

Je vais maintenant parler de la stratégie spécifique au turn sans range advantage.

Voici un exemple d’over-bets turn pour illustrer le concept. Nous sommes CO vs BU, w/6d5d sur Jd4s4h Td CBet flop 75% pot et 2 barrel Turn 200% pot.

Flop: Jd4s4h: Nous checkons une grosse partie de notre range OOP. Nous polarisons donc notre main lorsque nous misons. Cela signifie que n’ayant que des nuts (3 streets de value sur board pairé en étant OOP) ou de gros bluffs dans notre range nous allons miser très cher. Ici nous avons BDFD+BDSD, qui est l’un des rares bluffs que nous pouvons avoir, et misons 75% pot.

Turn: Td. Notre FD backdoor rentre. Tous nos combos de bluff au flop qui n’ont pas amélioré au turn sont GU. Il ne reste donc ici que nos FD XXdd qui seront over-bet. Nous misons 200% pot.

Pour résumer on va 2 barrel over-bet:
-> Lorsque nous misons peu souvent.
-> Avec un range très polarisé comprenant des nuts et des draws sans showdown value.

Concrètement on va over-bet au turn avec nos sets (si possible middle set et bottom set qui ne bloquent pas les TP adverses), et nos petits FD qui peuvent faire folder des draws supérieurs.

En ayant maximisé notre FE au turn nous devons souvent GU nos bluffs à la river. L’exception sera lorsque notre range advantage est tellement important que nous pouvons potentiellement miser 100% de nos bluffs.

1.5.6 le 3 barrel bluff.

J’aborde ici très rapidement un concept développé plus profondément dans d’autres sections puisqu’il découle surtout des notions de removal effect et de ranges capés. Mais je donne quelques directions quant aux types de situations à 3 barrel bluff en SRP.

On va souvent utiliser les miss straight draws pour bluffer en 3 barrel , si possible avec 2 over-cards qui bloquent le calling range adverse (TP) et/ou ne bloquent pas son folding range (ne pas avoir de carte de la couleur d’un FD affiché au flop qui ne rentre pas). Pour bluffer, les bloqueurs sur les calling ranges sont plus importants que les bloqueurs sur les nuts (vous m’entendrez souvent le répéter).

On peut aussi utiliser un miss straight draw en bluff quand une flush rentre et que nous avons une carte de la flush lorsque Vilain est capé (peu de flush draw qu’il va check/call au turn par exemple).

De manière générale on va plus bluffer IP quand on est face à un range capé. Si on estime que Vilain va check/raise ses gros jeux avant la river on en déduira que notre FE est plus importante. Les gros bets mettent plus de pression à notre adversaire (voir le paragraphe précédent ou d’autres sections sur les sizings).

Attention cependant à éviter d’utiliser les miss FD pour bluffer, en particulier les plus gros comme les nuts FD ou les combo draws. Nous bloquons une partie non négligeable du folding range adverse et Vilain sera plus enclin à nous hero call lorsqu’un FD miss. A noter aussi que ces gros draws ont suffisamment d’equity flop et turn pour être moins bluffés river. Les FD backdoor du flop touchés au turn peuvent être un peu plus bluffés.

Contre les récréatifs (et les mauvais joueurs en général), lorsque tous les draws miss à la river, un bet 1/3 pot pour faire folder les miss draws fonctionne assez bien si on ne bloque pas trop les draws.


#1043

Voici la fin sur la section “agressivité post-flop”.

1.5.7 Delayed bluffs, ou quand reporter nos bluffs sur les streets suivantes.

Vous avez décidé de ne pas miser le flop. Quelle sera alors votre stratégie les streets suivantes, en particulier avec vos airs?

Dans cette section je vais englober un peu toutes les situations, mais il sera utile de la mettre en parallèle avec les deux suivantes concernant les pots orphelins et les petits bluffs.

Les concepts évoqués ici sont importants pour votre jeu, ils concernent à la fois vos ranges et le handreading qui sont sans doute les deux éléments les plus importants du post-flop (avec les raisons de miser et les bets sizings, deux éléments un peu plus basiques que vous devez déjà correctement maîtriser).

La notion principale est qu’on ne souhaite pas faire grossir un pot sans equity tôt dans un coup, et que moins on a d’equity et plus on va décaler nos bluffs vers la river. Je vais essayer d’aborder cette notion sous ses deux facettes mais les deux restent fortement liées.

a) La première idée est de ne pas faire grossir un pot sans équité tôt dans un coup. Ceci est une notion basique du jeu au flop. Nous aurons suffisamment de semi-bluffs pour ne pas rajouter des airs sans equity. Nous réévaluerons la situation les streets suivantes selon ce qu’il se passe et l’évolution du board. La prise d’informations sera déterminante pour choisir de la suite à adopter.

On va jouer peu de gros pots mais beaucoup de petits pots pour lesquels on se battra. Savoir GU assez vite dans un coup est important, mais ça ne veut pas dire qu’on abandonne définitivement le pot. On réévalue toujours la situation les streets suivantes. Je vous rappelle ce leitmotiv: On ne joue pas en mode automatique mais on automatise nos modes de réflexion.

Par exemple, après que l’on n’ai pas CBet un flop, lorsque Vilain ne mise pas sur une texture où il devrait très souvent miser ses jeux (bonne showdown value qui ont besoin de protection ainsi que ses draws), nous comprenons que nous avons souvent à faire à un range capé. Et comme souvent dans ces cas nous pouvons miser cher les streets suivantes.

Il est bon de mentionner que nous pouvons aussi jouer de cette façon avec nos miss check/raise au flop. Par exemple si nous avons une texture peu propice aux CBets au flop et décidons de check/raise notre middle set. Seulement Vilain check back. Nous allons donc delayed CBet très cher.

b) La seconde idée est que moins on a d’équité et plus on va décaler nos bluffs vers la river (par définition un bluff river n’a pas d’équité…). Ce qui est une résultante de la première idée.

Ainsi dans les petits pots (limpé PF et/ou checké tout le long) on va beaucoup miser river, et en value bet thin, parfois même très thin (dans quelques cas une hauteur As peut être un value bet river!), et, c’est ce qui nous intéresse ici, avec des combos n’ayant aucune chances de gagner à l’abattage, donc nos plus petites hauteurs, si on estime avoir un peu de FE. Plus notre combo est faible, plus on a de chances de faire coucher Vilain, et moins on misera cher, puisque plus on cherchera à faire folder des mains faibles chez lui. C’est une notion que j’ai déjà abordée: plus on veut faire folder une main forte et plus on mise cher, et inversement plus on veut faire folder une main faible mais qui nous bat et moins on a besoin de faire cher. Cette idée est utile pour le splittage de nos ranges mais ça dépasse ici les notions que je veux aborder.

Dans les petit pots checkés tout le long il y a beaucoup de airs chez nos adversaires. Donc on a souvent besoin de ne pas faire très cher pour les faire folder. Cependant, indépendamment de la force de notre main, on peut avoir envie de faire folder une grande portion des ranges adverses, y compris des petites pairs ou même des combos plus forts suivant la texture du board, et alors il nous faudra miser beaucoup plus cher. L’over-bet peut devenir une arme supplémentaire.

La question qu’on doit donc toujours se poser est “qu’est-ce qu’on cherche à faire folder?” Soyez très attentifs aux actions selon l’évolution du board. Quand vous aurez compris que Vilain ne peut pas avoir souvent un jeu fort ou même moyen, vous devrez essayer de bluffer. Il vous faudra alors choisir le meilleur sizing selon ce que vous cherchez à faire coucher.

1.5.8 Le turn dans les multiway.

Le vol intelligent des pots orphelins est un skill supplémentaire pour augmenter notre WR. Surtout les pots à trois joueurs.

Dans les multiway, que ce soit en pots relancés ou en pots limpés, c’est souvent à partir du turn qu’on va décider de bluffer, souvent même sans equity. Ici la lecture de ranges est l’élément déterminant. Je vais donner un exemple pour bien comprendre:

Nous avons une relance PF d’un reg au CO suivie par un récréatif en SB et nous suivons à notre tour en BB. Au flop tout le monde check et au turn la SB check à nouveau. Nous avons gagné énormément d’informations: Le reg n’a pas CBet au flop et le récréatif a check deux fois. Sur une blank au turn il y a peu de chance qu’un Vilain possède quelque chose de fort. Nous allons donc miser à bonne fréquence le turn et très souvent encore la river si on n’est suivi qu’une seule fois (sinon GU).

Si par contre si nous sommes dans une situation où reg au CO a ouvert, que nous avons suivi en SB et qu’un autre reg en BB a suivi à son tour, les choses sont très différentes. Nous avons moins d’informations lorsque tout le monde a check au flop: le reg en BB peut avoir voulu laisser le CO faire son CBet et donc posséder un bon jeu. Et celui au CO peut avoir décidé de check back une main moyenne (type TPMK) parce qu’il estimait ne pas avoir de value contre deux ranges de reg et préférer passer en mode “trapp” ou “bluffcatch”. Si nous devons bluffer ce spot nous le ferons moins au turn sans equity et plus à la river, selon le principe de ne pas faire grossir un pot sans equity.

Nous serons évidemment attentif aux cartes qui tombent et de quelle manière elles percutent les ranges. Par exemple bluffer les grosses cartes est classique en HU mais en multiway elles risquent plus d’avoir amélioré les Vilains, en particulier si c’est un As. On bluffera donc plus les blanks ou les cartes que les Vilains auront peu dans leurs ranges. Comme lorsqu’une flush rentre et que nous sommes dans une situation où nos adversaires auraient presque toujours misé un daw au flop.

Mon conseil est donc de ne jamais GU un multiway lorsqu’on a raté le board et au contraire d’être extrêmement attentif aux actions des Vilains par rapport à la texture du board (rappelez-vous du leitmotiv). Ceci est encore plus important lorsque nous avons la position relative sur un des deux joueurs dans les pots en 3 way. Vous avez d’ailleurs sans doute remarqué que mes ranges de over-call PF en BB sont différents selon si on a la position relative sur la SB ou pas. Ceci est réellement déterminant dans la construction de nos ranges de défense (sans même parler du profil de la SB). On devrait même normalement élargir les ranges que je propose dans ces spots mais j’ai tout de même préféré garder des ranges solides que je sais de toute manière profitables si on ne fait pas n’importe quoi post-flop.

Pour les pots à quatre joueurs et plus, la probabilité qu’un mauvais joueur a touché quelque chose devient souvent trop importante pour pouvoir beaucoup bluffer. Mais c’est possible. On gardera les mêmes idées mais on sera plus prudent.

1.5.9 Multiplier les petits bluffs.

J’entends trop souvent dire qu’on a pas de FE en micro limites et qu’il ne faut pas bluffer. Il n’y a pas plus faux. Mais on va bluffer différemment des plus hautes limites. On va s’appuyer sur une idée très simple: Les Vilains, surtout récréatifs, ont souvent rien, mais lorsqu’ils ont quelque chose ils le lâchent difficilement.

-> En micro limites, on va multiplier les petits bluffs mais faire peu de gros bluffs tant qu’on n’est pas sûr d’avoir à faire à un Vilain qui a suffisamment de discipline pour faire de bons folds.

Les stratégies qui en découlent deviennent très simples: on va souvent essayer de faire folder les “rien” par de petits bluffs, et on va très peu s’enterrer dans de gros bluffs. On va donc abuser des bets river dans un pot checké tout le long et essayer de voler les pots orphelins de manière générale… On va delayed CBet cher. On va abuser du stab contre les joueurs qui ne protègent pas leurs ranges. Etc, etc… N’hésitez pas à tester des choses dans les pots limpés qui sont vraiment propices à ça tellement les ranges sont loose et que ça ne coûte pas cher. Restez focus sur chaque coup et essayez toujours de déterminer les ranges et d’évaluer votre FE, même quand vous aviez décidé de GU au flop. Je pourrais presque dire surtout lorsque vous aviez décidé de GU au flop. En effet vous multiplierez l’EV de vos combos sans equity du flop en les bluffant river.

A ce propos, et comme nous l’avons vu dans le paragraphe sur les delayed bluffs, il est souvent meilleurs de jouer nos airs du flop comme ça. Par exemple je vous conseille de très peu CBet sans equity au flop (comme des SC qui ont complètement raté le board), mais arrivé river vous vous retrouverez avec le bottom de votre range (aucune showdown value, même pas une hauteur) qui est très profitable à bluff. Plus votre showdown value est faible, plus vous cherchez à faire folder un range large et moins vous avez besoin de miser cher.

Je reviens rapidement sur ce dernier concept, même si je l’ai déjà rapidement abordé plus haut: lorsqu’on souhaite splitter nos sizings de bluff, plus on sera bas dans notre range et moins nous avons besoin de faire cher. A l’opposé plus nous cherchons à faire folder un range fort et plus nous devons miser fort pour que ce soit profitable. Le cas le plus extrême étant lorsque nous transformons une showdown value en bluff: nous voulons faire folder des combos de type TP et devons alors miser très cher. Alors que nous avons besoin de miser très peu cher pour faire folder des airs qui battent nos airs.

Pour finir le chapitre sur l’agressivité post-flop, voici deux derniers petits conseils:

- Exploitez les sizings tells. Tant que vous jouez à des limites où les joueurs offrent trop d’informations proffitez-en. Le spot le plus courant étant celui du reg un peu weak qui CBet en calibrant son sizing uniquement sur la force de sa main. Dès qu’un reg CBet OOP 1/2 pot sur un board connecté c’est qu’il y a quelque chose qui cloche (soit dans ses sizing tells soit dans son jeu). Même si vous n’êtes pas obligé de systématiquement le raise bluff lorsque vous avez air complet, cela doit quand même vous titiller. En tout cas essayez assez rapidement de voir comment il réagit aux raises dans ces situations.

- Envisagez raise bluff river contre des joueurs capables de value bet thin. Attention on est ici dans un spot très high variance. Il faut donc bien évaluer les risques que Vilain tente un hero call, par exemple parce que son sizing peut avoir induce quand il a bet petit… De même contre les petits sizings soyez sûr que Vilain n’est pas capable de le faire aussi avec de gros jeux.


#1044

Hâte de voir le pdf car lire section par section comme ça c est un peu fouilli pour moi :slightly_smiling_face:

Un énorme merci pour ton travail en tout cas !


#1045

merci encore un fois pour le boulot, c’est vraiment les nuts.


#1046

1.6 Rappel: Comment jouer ses draws avec l’initiative.

Nous sommes de dernier relanceur PF et en situation d’effectuer un CBet au flop. Les mêmes notions seront souvent aussi correctes pour les pots limpés en HU ou à trois joueurs au flop.

Il existe quelques notions utiles qu’il faut essayer de toujours garder en tête:

- Moins nous avons d’equity et plus nous avons besoin de FE pour rendre un bluff profitable (EV+). Dans la plupart des situations nous aimons avoir au moins autour des 20% d’equity pour bluffer. Si nous n’avons pas cette equity, il devient important que notre FE soit plus importante (miser sur des scary cards ou avoir un bon CRE.

- A l’inverse, plus nous avons d’equity et moins nous avons besoin de FE pour que notre bluff soit profitable.

- Nous essayons de bluffer les combos qui retiennent le mieux leur equity au flop et à la turn.

- A la river, c’est le card removal effect (CRE) qui compte puisque par définition nous avons 0 equity contre les ranges adverses de call.

Voici des stratégies simples qui pourront être de bonnes bases de travail. Je vais essentiellement parler des draws classiques (SD et FD), mais dans certaines situations des over-cards (surtout avec des BDFD et/ou BDSD) ou les bottom pairs (surtout si les outs vers DP sont cleans et donc retiennent bien leur equity), seront jouées comme des tirages.

> Draws faibles (4-6 outs):

Gutshot, mais aussi over-cards ou BDFD+BDSD. Parfois aussi bottom pair si on ne pense pas pouvoir compter sur notre showdown value. Les gutshots, over-cards et bottom pair qui possèdent aussi un BDFD seront souvent joués plus agressivement.

  • Bet cher au flop, parfois en over-bet. C’est au flop que des draws de type gutshot ont environ 20% d’equity.

Pour les draws de type BDNFD ou BDSD+BDFD, ça dépendra essentiellement de la texture du tableau. Je conseille de ne les miser que dans des situations où on va beaucoup miser et peu cher. Pour les BDNFD on va considérer que notre As est un out et un peu plus le jouer comme un draw moyen puisqu’on a au moins 9 outs au turn qui améliorent notre equity et qui nous amèneront aux situations de draws moyens au turn.

  • Si pas d’amélioration au turn (tombé à 10% d’equity environ) et sans augmentation de notre FE, on abandonne ces draws. Si nous possédons une bonne FE (voir les points cités précédemment sur les scary cards, le CRE et le range capé de Vilain), nous pouvons éventuellement miser très cher, par exemple en over-bet.

  • La river dépendra de notre FE estimée.

> Draws moyens (8-10 outs):

Essentiellement les FD et les OESD, mais les gutshots + 2 over-cards pourront parfois être jouées de la même manière que des OESD.

  • Bet au flop avec des sizings normaux qui dépendront essentiellement de la texture du tableau.

  • Nous continuerons très souvent à miser au turn avec environ 20% d’equity. Il y aura quelques cas où nous préférerons prendre notre free card IP, essentiellement lorsque nous estimons avoir très peu de FE. Notre sizing dépendra de la situation, mais une stratégie d’over-bet avec des petits FD (et des jeux très forts pour notre pole value) est possible. Les OESD seront plus souvent misés avec un sizing moyen (comme avec des jeux de type TP assez forts pour être value). Essayez de garder environ autant de bluffs que de value hands au turn.

  • A la river on abandonnera nos gros FD. Pour nos 3 barrel bluff on utilisera plutôt les miss OESD qui possèdent le meilleur removal effect. Par exemple s’ils bloquent bien les meilleures TP présentes chez Vilain, ou s’ils contiennent une carte (si possible haute) d’une éventuelle flush qui serait tombée. Lorsqu’il n’y a pas de straight draw dans nos ranges, on pourra piocher dans des petits FD pour bluffer, puisqu’ils bloquent moins les folding ranges adverses que les gros FD, et qu’ils nécessitent plus de FE générale pour être joués profitablement (y compris dès le PF, ne l’oubliez pas).

> Draws forts (12 outs+):

FD+OESD et gutshot + FD. Mais aussi les très gros NFD avec 2 grosses over-cards qui sont des outs et qui peuvent souvent être la meilleure main à l’abattage même sans amélioration. On peut aussi rajouter les pairs + FD et les pairs + OESD même si je préfère les jouer un peu différemment et très souvent passivement pour protéger mes ranges de check.

J’ai presque envie de dire qu’on peut tout faire avec ces draws tellement ils ont d’equity! Ils en ont assez pour être joués passivement, même au turn, ou pour nécessiter très peu de FE lorsqu’on les joue agressivement.

Il n’y a qu’une seule erreur importante à éviter avec les plus gros draws (12 outs+ cleans), c’est de devoir les folder avant d’avoir vu une river! Abandonner autant d’equity est une très grosse erreur. Comme au flop il n’est jamais horrible de go broke, c’est au turn lorsque notre equity est divisée par deux qu’il faudra être vigilent. Ce qu’il faut absolument éviter, c’est de devoir folder sur un shove adverse à ce moment. Nous risquons de nous retrouver dans une situation où les odds sont proches de notre equity mais juste au dessus.

  • Au flop on peut bet ou check. IP comme OOP. Mais comme on a l’initiative, il est souvent préférable d’en profiter pour CBet. De toute façon un raise de notre adversaire ne nous ennuie pas et nous pourrons assez facilement shove par dessus. Hors de position, on a aussi la possibilité de check/raise.

  • Au turn on peut aussi miser ou checker. Par contre si on check c’est pour réaliser notre equity et rarement pour C/RAI. Si on voulait partir à tapis c’est au flop qu’il fallait le faire lorsqu’on était au maximum de notre equity. Lorsqu’on C/RAI un draw moyen au turn on est clairement en bluff parce qu’on n’a pas assez d’equity pour call. Avec un combo draw ce n’est pas du tout la même chose. Il y aura cependant quelques situations où on va shove au turn (toujours nous et non pas call un shove), par exemple dans les pots où il reste 1 PSB. Ne perdez pas de vue que le turn est la street la plus délicate à jouer avec ces draws.

  • River a on accompli ce qu’on cherchait: réaliser entièrement notre equity avec un jeu fort. Si on a miss on bluffera qu’exceptionnellement ces draws. Je rappelle qu’ils ont besoin de très peu de FE pour être profitables (EV+) sur le long terme, et peuvent n’être joués que pour leur equity. Il y a une autre raison de ne pas les bluffer: ce sont souvent des combos qui bloquent les ranges de fold river de nos adversaires, en bloquant les draws qui miss.

Voilà pour les stratégies simples. En jouant vos draws de cette façon lorsque vous serez le dernier relanceur PF vous commettrez peu d’erreurs, surtout contre les mauvais joueurs passifs ou un peu weaks. Cependant il y a d’autres façons de les jouer, en particulier OOP contre les joueurs agressifs ou contre des joueurs compétents sur certaines textures de boards qui sont sensés beaucoup avantager le joueur en position. Nous verrons cela dans la partie “2. Stratégie avancées”. Vous pouvez cependant revenir sur les idées présentées dans les paragraphes “1.5.2 Check/raise et raise CBet au flop en bluff” et “1.5.3 Check/raise et raise au turn en bluff” qui présentent quelques notions utiles que vous pourrez utiliser pour jouer vos draws différemment et plus profitablement. L’idée principale étant de repérer les bon combos à utiliser pour les jouer un peu comme si vous étiez le défenseur PF.


#1047

Salut lacertax

Tu est pas sur les table de fast nl4 en ce moment sur PMU ?


#1048

Oui. Je fais pas mal de fast sur PMU vu que j’ai des soucis de micro-déconnexions sur Betclic. (en réalité ça vient de chez moi, mais le soft Party gère mieux ces micro-déconnexions et je ne me retrouve pas sit out toutes les 30 secondes comme sur Betclic…).


#1049

Dernière partie des stratégies simples du jeu post-flop.

1.7 Stratégies de jeu en pot 3bet.

Plutôt que de faire une liste exhaustive de toutes les situations, je vais présenter les plus récurrentes et celles qui sont généralement les moins bien jouées en pots 3bet. Les idées et concepts qui s’en dégageront vous seront aussi utiles pour d’autres situations. Ce sont donc les concepts qui sont importants, et il vous sera profitable de bien les comprendre pour correctement les appliquer.

Ces concepts existent aussi souvent dans les pots single raise, mais dans les pots 3bet les SPR sont spécifiques et nous donnent des leviers différents, ce qui fait que ces concepts s’adaptent souvent différemment. On s’apercevra aussi qu’en réalité un SPR réduit limite nos choix et rend le champ des possibles plus petit. Les pots 3bet sont donc plus faciles à jouer techniquement. Leur difficulté vient des mises beaucoup plus importantes. Les effets des leaks mentaux y sont donc décuplés.

Pour les autres situations courantes, vous suivrez les mêmes stratégies de jeux que dans les SRP. Il n’y a pas de différences particulières si ce n’est dans les sizings.

Tout ce qui suit concerne le jeu à 100bb deep.

1.7.1 Généralités.

a) Concepts de base.

  • Le 3betteur aura généralement un range polarisé contenant des airs et des nuts, alors que le défenseur aura plus souvent un range condensé.

  • Un range polarisé est plus facile à jouer, et un range condensé contenant plus de mains moyennes se retrouve souvent en situation de bluff catch.

b) Textures de flops.

Il y a deux grands types de flop (avec tous les intermédiaires possibles), voici leurs spécificités.

-> Flops statiques: Flop secs ou semi-secs. En gros ce sont les flops rainbow ou au pire suited qui ne contiennent pas deux cartes entre la Q et le 8 ou trois cartes connectés. Les equities vont peu bouger sur les streets suivantes. La position est moins importante. Le 3betteur aura normalement un avantage de ranges et une stratégie de CBet à haute fréquence avec faibles sizings ou avec splittage des sizings. Sur ces boards on jouera assez souvent sur trois streets. A93r KK6s J62s 742r

-> Flops dynamiques: Il y a un grand nombre de types de flops dynamiques, dans certains cas l’avantage de ranges reste chez le 3betteur et dans d’autres non. Je ne vais en présenter que trois qui me semblent caractéristiques. Dans tous les cas Les equities peuvent facilement basculer sur les streets suivantes.

  • Flops medium connectés. Ce sont les flops les plus dynamiques. Les equities peuvent beaucoup bouger. La position est très importante. Le 3betteur n’a plus l’avantage de ranges puisque ces flops percutent fortement les ranges condensés plus spécifiques aux défenseurs. Il aura une stratégie de CBet à très faible fréquence et contre les bons joueurs il devra parfois check full range, en particulier OOP. QT9s T97s

  • Flops high-medium (surtout suited) contenant deux cartes entre la Q et le 8. Ces flops percutent bien les ranges condensés du défenseur. Le 3betteur aura souvent une stratégie de CBet à faible ou moyenne fréquence avec parfois splittage des sizings. Lorsqu’il décide de sizer cher on jouera souvent sur deux streets. QT2s J94s

  • Flops low connectés. Ce sont les flops dynamiques qui sont sensés le moins percuter les ranges condensés du défenseur. Ce sont sans doute les moins dynamiques et pourront être plus ou moins joués comme des boards statiques. Ainsi le 3betteur aura une stratégie de CBet à haute fréquence avec faibles sizings, ou plus rarement avec splittage des sizings comme sur les flops précédents. Lorsqu’il décide de sizer cher on jouera souvent sur deux streets. Il faut comprendre que ces flops favorisent le 3betteur car il possède plus d’over-pairs fortes et qu’en même temps ils percutent son range de 3bet light contenant des low Axs et low SC, parfois même des low PP. 762s 643s

Résumé:

  • Sur les flops statiques les equities vont peu bouger (le board est “locké”) alors que sur les flops dynamiques ils peuvent fortement bouger.

  • Les flops contenant au moins deux cartes entre la Q et le 8 sont ceux qui percutent le plus les ranges condensés du défenseur. Ce seront les flops les moins CBet indépendamment de leur texture statique ou dynamique.

1.7.2 En tant que 3better OOP.

Un mot sur les sizings de CBet et 2 barrel. IP vous pouvez splitter entre 1/3 1/2 et gros bets au flop. Mais OOP je vous conseille plutôt de splitter sur deux sizings seulement: 1/3 pot et gros bet (entre 2/3 et pot). Après avoir CBet flop 1/3 pot, si vous décidez de 2 barrel faites un gros sizings (3/4 pot minimum). Après avoir CBet gros, si vous décidez de 2 barrel ce sera souvent à tapis. Pour le choix du sizing de CBet au flop je vous renvoie aux textures de flops. En gros plus souvent vous allez CBet un range mergé avec range advantage et plus vous aurez intérêt à faire 1/3 pot.

a) 2 barrel nos draws.

Vous avez CBet le flop avec un draw et Vilain a call. Quelle est la meilleure façon de jouer le turn?

L’idée récurrente sur laquelle je reviendrai très souvent dans beaucoup de situations est de ne jamais se mettre en situation de bet/fold un bon draw. Il vous arrivera de devoir le bet/fold mais ce sera dans des spots où Vilain n’est pas sensé vous raise. Soit parce que votre range est polarisé, soit parce que vous avez un range advantage évident. Malheureusement, ou heureusement je ne sais pas, en micro limites peu de joueurs comprennent ces notions…

Voici trois lines de jeu possibles après que vous ayez CBet le flop:

  • Check/call vs small bet de Vilain. Comme on le verra plus loin, dans ces situations le défenseur en position aura souvent intérêt à bet petit au turn lorsque le 3betteur ne 2 barrel pas.

  • C/RAI vs gros sizing. Le C/RAI possède un mauvais risk reward contre les petits bets, par contre il puni très bien les gros bets dans les situations où Vilain va souvent stab. Le meilleur spot pour cela est lorsque vous avez CBet small au flop sur un texture où Vilain doit beaucoup défendre, et que celui-ci va trop souvent essayer de prendre le coup au turn.

  • 2 barrel shove en over-bet. Généralement après un CBet flop au dessus d’un 1/2 pot. C’est souvent le meilleur play lorsqu’il reste entre 1.5 et 2 PSB. Vous jouerai vos mains fortes mais vulnérables de la même façon.

Les draws faibles ou qui retiennent mal leur équity peuvent très bien être 2barrel/fold. Par exemple sur une line CBet flop 1/3 pot et 2 barrel 3/4 pot. On aura la même line avec des TP (soit en 2 barrel/call soit en 2 barrel/fold selon le range estimé de Vilain).

Les combo draws peuvent plus facilement être joués en check/call, même si des lines agressives sont possibles.

b) Delayed CBet polarisé.

Vous n’avez pas CBet le flop et Vilain a check behind sur une texture où il est sensé miser avec ses mains vulnérables.

Vous avez le choix entre deux stratégies selon la situation: soit delayed CBet turn très cher pour jam la river, soit delayed CBet small pour over-bet la river.

-> Si Vilain est capé, vous allez polariser votre ranges en misant très cher (bet pot) avec vos airs et vos ranges forts de check/call et de check/raise ratés du flop. En particulier sur les textures que vous allez peu CBet. Vous aurez par exemple des mains de type over-pairs dans vos ranges de check/call au flop. Ainsi vous aurez beaucoup de combos à delayed CBet en value.

Il vous faudra shove la river à bonnes fréquences.

-> Si Vilain n’est pas capé. Par contre s’il peut avoir un gros jeu, soit parce qu’il peut avoir slowplayé le flop, soit parce que le turn est susceptible d’avoir frappé son range, on peut miser petit au turn (1/3 pot) sur une texture drawy avec l’idée d’over-bet la river sur une blank. Si Vilain ne raise pas le turn, il cape son range puisque ses mains fortes sont vulnérables et il ne devrait pas simplement les call. Nous l’avons amené à caper son range. Arrivé river il aura donc essentiellement des draws ratés et des mains moyennes. L’idée est toujours de miser très cher avec un range polarisé lorsque Vilain est capé.

Dans une moindre mesure les stratégies décrites ici s’appliquent aussi dans les situations où nous sommes défenseur OOP et que Vilain n’a pas CBet le flop. Cependant il y aura plus de trapp dans ces cas-là, en particulier sur des textures de flop susceptibles de plus frapper nos ranges condensés de défense et qui pourraient pousser Vilain à check une grosse portion de ses ranges dans le cadre d’une stratégie équilibrées. Ainsi même si notre adversaire aura souvent un range capé, celui-ci sera potentiellement plus fort et comprendra plus d’over-pairs fortes. On est alors dans des situations très Vilain-dependant, et nos lines de jeu dépendront de la capacité de notre adversaire à check behind des mains fortes au flop, et de ses aptitudes à folder certains combos forts PF mais devenus des bluff catchers.

De manière plus générale, hors situation de delayed CBet, après deux checks au flop on va miser le turn en fonction de la force de notre main: très cher (pot) avec de gros jeux et de bons bluffs, peu cher avec d’autres combos afin d’élargir les ranges de call de notre adversaire et de gagner plus souvent à l’abattage.

1.7.3 En tant que défenseur.

a) Défendre les draws vs 2 barrel.

Vous avez call le CBet de Vilain au flop avec un tirage et subissez une seconde mise sans avoir amélioré votre main.

Voici d’abord deux notions utiles:

-> IP: Call avec 18% d’equity est généralement profitable grâce aux implieds, même assez faibles (pensez à estimer les reverses). Par contre OOP cela ne l’est plus.

-> Si on call avec moins de 18% d’equity il faut avoir la possibilité de souvent bluffer river pour rendre le call turn profitable.

Je vais vous présenter le jeu au turn avec nos draws sous formes de points que vous devrez fixer dans vos acquis. En vous appuyant sur ces points vous pourrez faire les bons choix in game.

> La plupart du temps au turn, les EV du fold, du jam et du call sont relativement proches.

> Pour calculer notre equity au turn, il ne faut pas oublier de tenir compte des reverses, ainsi que des bloqueurs possiblement présents chez Vilain (comme des over-pairs qui bloqueraient nos outs vers straight).

> Bien évaluer nos implied avant de call. Si elles sont mauvaises, soit on fold, soit on call si on pense pouvoir souvent bluffer la river, soit on jam si on pense avoir de la FE (avec minimum 15-18% d’equity).

> Plus on va faire de nuts (pas de reverses) et plus on va pouvoir call profitablement. Nos nuts FD, mais aussi les petites OESD camouflées dont les outs ne sont pas bloqués, seront les draws les plus souvent call. Une petite OESD est plus profitable à call qu’un FD moyen bien qu’ayant moins d’outs.

> Les FD non max (hors combo draws) sont souvent meilleurs à jam. Ils possèdent peu d’implied et quelques reverses, ainsi que moins de possibilités de bluffer river (#OESD qui sont très souvent meilleures à bluffer river sans bloqueurs sur miss FD). N’oublions pas non plus qu’on représente souvent un miss FD et que Vilain sera plus enclin à nous hero call en passant en mode check/call.

> Les gros draws, surtout avec des cartes hautes, sont toujours profitables à call pour leur seule equity (sauf hors cotes vs over-bet), mais on peut parfois les jam.

> Plus le sizing de Vilain est élevé (>1/2 pot) et plus on aura d’intérêt à jam et moins à call.

Pour équilibrer nos jam turn avec nos semi-bluffs, nous allons aussi jam toutes nos value hands vulnérables (TP peu dominées, set et low flush), tant qu’on ne se value cut pas trop souvent. Quand on sait qu’on ne lâchera pas notre jeu fait sur une blank à la river et qu’il y a des draws il est généralement meilleur de jam nous-même. On va shove même avec des mains qui ne sont pas des nuts afin de tuer l’equity des semi bluffs de Vilain. Evidemment nous ne pouvons pas le faire si Vilain possède un gros avantage de ranges, il faudra alors choisir entre call et fold.

b) Vilain ne 2 barrel pas OOP.

Vilain a CBet le flop et vous avez call. Au turn il check et la parole vous revient.

L’idée principale est qu’on va miser peu cher lorsque Vilain va très souvent soit check/fold soit check/raise, donc peu check/call. On va ainsi miser 1/3 pot, même sur les textures connectées puisqu’il est compliqué pour notre adversaire de slowplayer et ses draws ne nous inquiètent pas comme nous l’avons déjà vu plus haut. Gardez en tête que de manière générale les petits sizings sont efficaces lorsque notre adversaire a du mal à check/call.

-> On minimise nos pertes avec nos ranges de bet/fold.

-> On minimise les gains de Vilain avec ses ranges de check/raise et qu’on fold.

-> On améliore notre risk reward.

-> On oblige théoriquement Vilain à défendre plus. Ce qu’il aura beaucoup de mal à faire avec ses ranges de check au turn, surtout lorsque ceux-ci sont mal construits.

1.7.4 Adaptations contre les joueurs trop agressifs.

Je disais en préambule que les pots 3bet sont normalement plus faciles à jouer que les SRP. Cependant les erreurs y ont un impact plus important, comme nous l’avons vu par exemple lorsqu’on se retrouve à devoir folder trop d’equity. L’une des erreurs les plus importante est celle de ne pas savoir jouer les Vilains agressifs. Je ne parle pas ici de ceux qui font n’importe quoi, ceux-là ne seront joués qu’en value. Mais de ceux qui vous donnent l’impression de vous marcher dessus., comme s’ils devinaient votre jeu, vous expulsant du coup trop souvent ou foldant lorsque vous avez enfin touché.

La première chose à savoir c’est qu’il ne faut pas hésiter à les 3bet. Vous commettrez moins d’erreurs dans les pots 3bet grâce au SPR réduit. Par contre vous devrez bien construire vos ranges de 3bet afin de frapper un maximum de flops. La même idée est à garder lorsque c’est Vilain qui vous 3bet: surtout n’élargissez pas vous ranges de call mais gardez des ranges qui frappent bien les boards. J’ai déjà parlé des adaptations PF à faire contre les gros 3betteurs, je ne vais pas y revenir ici, mais en lisant la suite vous comprendrez pourquoi je vous dis de garder des ranges de défense solides.

La deuxième chose importante à garder en tête est qu’il faut absolument savoir GU très tôt dans les coups lorsque votre equity est faible. L’idée sera de GU très tôt ou de jouer le coup à fond. Peu de demi-mesures.

Post-flop vous avez en gros deux situations sensibles: soit vous allez devoir jouer un range polarisé entre des jeux forts et des draws, soir devoir jouer un range capé. Les deux peuvent vous faire commettre de grosses erreurs si vous les jouez mal et oubliez l’idée de jouez les coups à fond.

Les ranges polarisés sont en réalité assez simples à jouer si on suit deux règles basiques:

-> En bluff: On va essayer d’être en situation d’être le premier à shove. Quelque soit les séquences de mises nous devons anticiper les montants afin de ne jamais se retrouver en situation de faire l’avant-dernière mise. Cela va souvent se jouer au turn. Je vous invite à relire les paragraphes concernant le jeu avec nos draws et dans quelles situations nous devons jam.

-> En value: On va essayer d’être en situation de laisser Vilain shove le premier. Nous devrons donc faire l’avant dernière mise. L’exception sera lorsqu’on a plus d’intérêt à faire folder l’equity de Vilain avec nos mains vulnérables.

La plus grosse difficulté sera de jouer nos ranges capés car vous devrez les jouez passivement en essayant de deviner si Vilain vous bluff assez souvent. Mon conseil sera ici d’oublier vos constructions de ranges avec des combos que vous devez folder sur chaque street. Mais au contraire de vous déséquilibrer en ne gardant que les combos qui pourront subir l’agression jusqu’à la river sur la plupart des run out. Cela ne veut pas dire qu’une fois que vous avez décidé de call le flop vous ne lâcherez plus votre main. Si le board évolue de manière défavorable vous devrez quand même folder plutôt que de tenter des hero call de l’espace.

1.7.5 Notions importantes à retenir.

Je vais résumer les notions les plus importantes déjà évoquées ainsi que quelques autres qui ne s’appliquent pas spécifiquement aux situations décrites.

  • Pour détruire l’avantage positionnel du joueur IP, nous serons amené à faire des mises plus grosses OOP lorsque notre range est polarisé.

  • Les petites mises sont très efficaces IP lorsque Vilain peut difficilement défendre en check/call.

  • Nos pires bluffs doivent avoir au moins 15% d’equity lorsque nous partons à tapis au turn pour obliger Vilain à call avec la majorité de son range de bet. (vos pires bluffs et non pas la moyenne de vos bluffs)

  • L’over-bet turn avec un range composé de value hands vulnérables et de bons draws est souvent le bon move.

  • Ne pas se retrouver en situation de bet/fold un bon draw (8 outs+ cleans). Nous devons éviter de faire un call breakeven. Il faut donc s’assurer de faire la dernière mise.

  • Les mains fortes mais vulnérables aux ranges de bet/fold de votre adversaire (vos TP, set et low flush) doivent être shove au turn tant que vous ne vous value cuttez pas trop souvent. Dit autrement, ne pas slowplayer si on doit tuer 20% d’equity adverse. Ainsi nous amènerons Vilain à commettre l’erreur du point précédent. Dans certains cas particuliers si on pense que Vilain va over-bluffer la river on pourra quand même juste call, car le risque pris sera plus profitable.


#1050

J’ai a chaque fois eu la flemme de lire mais j’ai cru lire que tu allais en faire un format pdf de tous ses pavés, une fois le tout arrivé je lirai le tout :wink:


#1051

+1 !


#1052

Jam kezako? Même si je pense que C’est l’équivalent de shove


#1053

Oui, j’aime varier mon vocabulaire^^


#1054

Gros gros boulot @Lacerta_max, et c’est super intéressant!
Une future bible assurément :+1:


#1055

Oui c’est un synonyme argotique de shove ou push : https://www.pokervip.com/poker-terms/jam

En français on dirait “envoyer sa boîte” (boîter) mais c’est un terme plutôt utilisé par les joueurs de live.


#1056

Toujours aussi intéressant !
Merci @Lacerta_max


#1057

C’est toi avec le même avatar en Zoom sur PMU ?


#1058

Yep. Tu m’as slowroll JJ ^^


#1059

J’étais troublé par le fish qui cold call ton 3b et qui call ton 5b shove :male_detective:t6:
Vs toi seul call évident, surtout vu mon image


#1060

2. Stratégies avancées.

Le titre est je l’avoue quelque peu abusif. Je vais en réalité principalement vous présenter quelques situations un peu plus spécifiques en vous proposant un autre angle d’approche et tenter d’insister sur quelques notions qui je l’espère vous permettront d’améliorer un peu votre compréhension du jeu.

Introduction.

Une chose importante qu’il faut faire quand on cherche à s’éloigner d’un jeu basique “ABC” est de sortir du carcan “quelles sont mes cartes?”, “est-ce que j’ai touché le board?” et “qui a l’initiative?” pour se concentrer sur les bons modes de réflexions que je vais détailler ci-dessous. Vous verrez que vous aborderez le jeu post-flop sous un nouvel angle. Voici les questions que vous devez automatiquement vous poser:

- Qui a l’avantage de range?

- Qui a l’avantage de position?

- L’avantage de position est-il important sur cette texture de board? (éventuellement tenir compte du SPR qui peut augmenter ou diminuer l’importance positionnel)

- Comment je dois jouer mes ranges dans cette situation?

- Dois-je dévier de ma stratégie pour une autre plus profitable? (poker optimal* > poker équilibré)

*: Une stratégie optimale est une stratégie GTO qui en dévie lorsque une autre line a plus d’EV.

On privilégiera donc une réflexion basée sur les avantages de position et de range, et la façon de jouer l’ensemble de nos ranges dans une situation précise, plutôt que sur l’initiative et comment jouer notre main. Savoir qui a l’initiative ne sert qu’à évaluer des ranges. De même la façon, jouer notre main exacte n’entre en compte que dans une stratégie plus globale de comment jouer nos ranges. A noter qu’on en revient au REM (Ranges Equity Maximisation), principe de base post-flop expliqué dans l’ebook “Easy Game” de Andrew “BalugaWhale” Seidman où la notion d’initiative est absente. Sauf que les notions de range advantage, de position advantage et de stratégies de ranges deviennent prédominantes.

Voici un exemple simple pour me faire rapidement comprendre: Nous avons avons relancé PF en MP et le CO qui est un bon reg nous a suivi. Nous frappons TP2K sur un flop 986s. L’approche basique serait juste de se dire: “j’ai l’initiative et une bonne main mais fragile, je CBet”. Une meilleure approche met en place les modes de réflexions susmentionnés. Nous n’avons pas la position. Sur cette texture la position est importante. Je n’ai pas d’avantage de ranges. Jouant contre un bon adversaire je ne dois pas sortir de mes stratégies de base. Le bon play est de c/c parce que je ne peux pas CBet ce flop à bonne fréquence ayant un déficit important de position et de ranges, et donc que je dois check une grosse partie de mon range.

Pourquoi laisse-t-on souvent le joueur ayant l’initiative effectuer un CBet?

Je reviens sur la notion d’initiative. Comme je l’expliquais dans la partie sur le jeu PF, il est généralement plus facile de jouer avec l’initiative. Je l’ai même rajoutée à la théorie de l’accumulation d’avantages, et cette notion est dominante dans la théorie d’isolation. Mais dans cette section notre approche est différente et axée sur des concepts de jeu post-flop plus avancés.

-> Le joueur ayant l’initiative possède généralement un range plus polarisé que le joueur ne l’ayant pas. Son range PF étant plus diffus (ou moins condensé). Contre un range polarisé le défenseur souhaite plutôt call que bet ou raise avec une grosse portion son propre range. Voici pourquoi on laisse souvent le joueur ayant l’initiative continuer à miser, mais on verra que ce n’est pas toujours le cas dans la section sur les donk bets, à cause notamment du point suivant. Sur certaines textures, en particulier les plus statiques, le relanceur sera obligé de souvent CBet, au moins en position avec de petits sizings, parce que son range plus diffus percute plus de flops mais moins fortement. Le défenseur ayant un range plus condensé qui percute moins de flops avec une portion de son range (low PP et SC en particulier) mais plus fortement, a intérêt à laisser le relanceur effectuer son CBet.

-> Le joueur n’ayant pas l’initiative possède généralement un range plus condensé, sans toutefois être forcément capé. Sur certaines textures de boards ceci peut conférer un avantage de range. Si l’initial raiser en a conscience il devient mauvais avec certaines portions de nos ranges de défense d’essayer de lui laisser faire un CBet qu’il ne devrait effectuer qu’à faible fréquence. De plus, les stratégies de CBet ayant beaucoup évoluées, les ranges de CBet sont de mieux en mieux construits et contiennent de moins en moins de airs, ce qui peut encore diminuer l’intérêt de laisser notre adversaire effectuer son CBet sur certaines textures très dynamiques.

2.1 Stratégies de CBet selon la texture du flop.

Je parlerai essentiellement des situations en single raise pot. J’essaierai de le mentionner lorsque les stratégies en pots 3bet diffèrent d’une manière qui me semble significative.

A- Stratégies de CBet OOP.

- En général si on n’a pas trois streets de value, il faut mieux check. C’est particulièrement vrai sur les textures qu’on ne peut pas CBet à haute fréquence. Mais on va parfois rajouter quelques mains qui n’ont que deux streets de value, en particulier si elles sont vulnérables, et qui protégeront aussi nos ranges de CBet et check au turn (on va les check/call turn).

Attention, quand je dis trois streets de value cela ne veux pas dire qu’on va forcément les 3 barrel. D’abord parce que le run out peut être défavorable, et ensuite parce qu’on pourra décider de les check/call ou check/raise à la river, voir de les check/raise au turn.

- En général, on va peu CBet sur les textures et dans les positions où Vilain va beaucoup faire de floating, notre bet est donc peu efficace et n’accompli pas grand chose.

1) Prendre conscience de l’importance de la position selon le type de flop.

Le range advantage et le position advantage sont les deux mamelles du jeu post-flop.La façon dont vous jouerez votre main dépend de la façon dont vous jouerez vos ranges dans une stratégie dépendante de ces deux notions. Dit simplement plus les deux avantages sont chez vous et plus vous miserez à haute fréquence, et plus ils sont chez l’adversaire et plus vous le laisserez miser. Ces avantages doivent être réévaluer sur chaque street.

Je vais ici me concentrer sur la notion de position advantage, ayant déjà bien abordé celle de range advantage. L’avantage de position dépend essentiellement de la texture du board. En résumer, plus le board est dynamique, avec en particulier la présence de draws possibles, plus les equities peuvent bouger, et plus la position prend de l’importance. Les CBets accomplissent peu de choses. En sachant que plus les SPR se réduisent et plus l’avantage de position diminue. Donc plus le stack effectif est petit par rapport au pot et moins la position est importante. Cette idée est très importante pour nos stratégies de 3bet OOP (et même parfois de 4bet) avec des combos qui préféreraient avoir la position avec des gros SPR.

Je vais donc vous présenter les trois types de flop en gardant les exemples donnés dans “Applications of No Limit Hold’em” de Matthew Janda .

Flops a): Flops secs avec une ou deux cartes hautes (flops statiques ou “lockés”): la position est moins importante. Les equities vont peu bouger. Pour être exact, ce n’est pas qu’elle n’est pas importante (elle l’est toujours sauf lorsque le SPR est extrêmement petit), mais elle l’est moins qu’avec les textures de flops suivants. On voudra CBet à bonne fréquence. Nos sizings dépendront de notre range advantage ainsi que de notre stratégie soit mergée soit polarisée, avec splittages possibles.
Type de flops: A44r KK4s Q32r AK5r

Flops b): Flops intermédiaires: la position est moyennement importante. On va CBet à moyenne fréquence avec splittages possibles. On est dans une situation intermédiaire entre la précédente et la suivante.
Type de flops: 742r 997r QT5r K65s

Flops c): Low flops et flops drawy (flops dynamiques): la position est importante. Les equities peuvent beaucoup bouger. On va CBet à faible fréquence, mais souvent très cher si on le fait. On aura souvent des stratégies de jeu différentes en pot 3bet et pots 4bet, surtout sur les low flops. D’abord parce qu’en réduisant le SPR on a un peu diminué l’importance positionnel en nous donnant par exemple la possibilité de jouer sur deux streets au lieu de trois, et ensuite parce que les ranges étant différents on peut se retrouver avec un range advantage suffisant pour miser à bonne fréquence, même si sur certaines turn nous serons amené à check très fréquemment (je rappelle que la particularité de ces flops est justement que les equities peuvent fortement changer).
Type de flops: 742s 876s 733s 986s

Note: On pourra cependant avoir des stratégies de CBet à bonne fréquence sur les low boards lorsque nous possédons le range advantage. Mais il faut avoir conscience que nos adversaires vont souvent faire du floating. Ce qui reportera souvent l’action au turn où nous devrons développer des stratégies de protections de ranges puisque nous voudrons alors très souvent checker une grande portion de nos ranges. Je vous renvoie au paragraphe concernant le check/raise au turn.

> Sur flop a): Comme Vilain va moins bet en position, on va CBet nos mains fortes et nos bluffs.
> Sur flop c): Comme Vilain va beaucoup bet en position, on va check/raise nos mains fortes plus des bluffs.

2) De l’importance de protéger nos ranges de check.

Nous avons vu que sur les flops où la position est moins importante nous allons CBet raisonnablement, plutôt polarisé (avec des combos qui ont trois streets de value et de bons bluffs). Nous allons peu ou pas check/raise mais check/call quelques nuts pour les check/raise plus tard.
Nous avons aussi vu que sur les flops où la position est importante nous allons peu CBet, parfois même check full range. Nous aurons ici une stratégie de check/raise polarisée avec des nuts ou des draws qui font nuts.

Je pense que le plus simple pour essayer de protéger nos ranges de check est de grosso modo les jouer comme si nous étions le défenseur PF. Sur les flops où la position est importante, comme on va relativement peu CBet on se retrouve presque toujours dans une situation comparable à celles où on a call PF, avec cependant quelques différences dues aux ranges qui ne sont pas les mêmes. Nos ranges de check sont donc naturellement protégés puisque non affaiblis par un range important de CBet. Notre range moins condensé sera cependant moins défendable qu’un range de call PF: nous folderons donc plus souvent contre un stab de notre adversaire que contre un CBet lorsque nous sommes défenseur. Ce n’est pas grave dans la mesure ou Vilain prend un risque PF pour se retrouver dans cette situation. Cette notion est assez importante et sera reprise les streets suivantes lorsque nous subirons par exemple un stab après que Vilain a précédemment call.

Je vous renvoie aux sections concernant le jeu en tant que défenseur, en particulier celles concernant la façon de jouer nos draw (“Check/raise et raise CBet au flop en bluff”.

Sur les textures de flops ou la position est moins importante il peut devenir difficile de défendre nos ranges de check puisque nous allons aussi souvent CBet des mains faites et que nous avons beaucoup de air. Bien que ce ne soit pas très grave puisque Vilain prend un risque PF en callant et ne pourra pas si souvent stab au flop dans ces situations puisque nous allons CBet à bonne fréquence, il faut quand même protéger nos ranges. Par rapport à la texture de flop précédente nous nous retrouvons dans une situation moins proche de celle où on est caller PF puisque beaucoup de nos combos forts sont CBet. Nous avons donc une situation où nous risquons d’être plus capé. Il est alors très important de check aussi des nuts, comme des top set et top DP qui bloquent le calling range de Vilain si on les CBet, mais il va aussi falloir parfois être prêt à faire quelques calls limites et délicats avec nos meilleures TP que l’on n’a pas CBet. Il peut être difficile de splitter nos combos forts entre 3 barrel et check/call. Ici les reads sur Vilain seront primordiaux pour éviter de faire de mauvais calls (Vilain ne bluff pas assez ou ne va jamais se value cut) ou de mauvais fold (abandonner un combo dans le haut de notre range contre un Vilain très agressif, surtout si on n’a pas de bloqueurs sur son bluffing range). Dans l’ensemble nous allons quand même jouer ces combos de manière assez proche que dans les spots où nous avons call PF.

3) Stratégies de check/raise ou check/call avec nos value hands.

Voici les stratégies habituelles selon les trois types de flops présentés.

a) Les flops qu’on va souvent CBet seront rarement check/raise mais souvent CBet ou check/call.
Ainsi nos mains fortes de type TPTK, over-pairs, middle set et bottom set seront CBet. On décidera ensuite si on les 3 barrel ou si on check/raise ou check/call selon l’évolution du board et comment le range advantage évolue. Ainsi que de la manière dont on va jouer nos ranges. Par exemple sur une blank au turn, on peut décider de check un fort combo pour protéger nos ranges de GU.
Nos mains moyennes sont peu vulnérables, on va peu les CBet et préférer les check/call. On va aussi beaucoup check/call nos forts combos qui bloquent le board: top set et double paire haute. Selon l’évolution du board on choisira ensuite comment les jouer.

b) Les flops qu’on va moyennement CBet (et jamais sans equity), seront occasionnellement check/raise. On va donc alterner CBet, check/raise et check/call. Les top sets seront plus souvent check/call (removal effect sur calling range adverse) et les autres sets soit CBet soit check/raise. Sur les streets suivantes on les jouera comme dans le point précédent.
Nos mains moyennes étant plus vulnérables, on va plus souvent les CBet.

c) Les flops qu’on va rarement CBet (et jamais sans très forte equity), seront souvent check/raise. Ces flops seront aussi très souvent check/fold avec les mains qui possèdent peu d’equity.
Nos mains moyennes sont ici très vulnérables mais ne peuvent que difficilement être CBet ou check/call. Check/raise devient alors une option intéressante avec certaines d’entre elles.
Ces flops seront check/raise avec un plus gros sizing que les autres, au moins x4 le bet de Vilain.

=> Plus le flop rend la position importante (low/drawy), et plus on va check/raise nos mains très fortes.

4) Stratégies résumées:

Flops a):

  • Très peu de check/raise.

  • Beaucoup de check/call avec des mains très fortes (top set et DP max) et des mains moyennes. Les mains les plus fortes seront check/raise soit au turn soit à la river. Pour équilibrer on pourra parfois transformer une main moyenne en bluff en utilisant les notions de removal effect expliqués dans d’autres sections.

  • Beaucoup de CBets avec des mains fortes (TPTK, overpairs, middle set et bottom set) et des bluffs. En combats de blindes les TPGK deviennent des mains fortes et seront multi barreller. On équilibrera nos 3 barrel value avec des bluffs qui utilisent essentiellement le card removal effect (QJ sur Kxx x x lorsque le coeur du range de call de Vilain est KQ-KJ).

Flops b):

  • On va mixer les check/raise et check/call avec les mains très fortes. Les top sets seront plus souvent check/call (et check/raise au turn) et les autres sets ainsi que certains combos draws seront check/raise.

  • Les mains fortes (jusqu’à bottom DP) seront plus souvent CBet mais peuvent aussi être parfois check/call.

  • Les mains moyennes seront plutôt check/call.

  • Les bluffs avec equity seront plus souvent CBet (FD, OESD, bons draws backdoors, et bottom pairs kicker As avec BDNFD). Les bluffs avec peu d’equity (type gutshot, ou bottom pairs + BDFD) peuvent aussi être check/raise pour équilibrer nos check/raise en value. Mais pour augmenter l’equity de nos ranges de bluff on devra parfois aussi check/raise des draws moyens de type NFD donk le kicker est une petite carte.

  • On va plus souvent GU nos airs sans ou avec peu d’equity, y compris des mains de type underpairs.

Flops c):

  • Les mains très fortes seront toujours check/raise. Mais aussi des mains moins fortes qui sont vulnérables afin d’empêcher Vilain de facilement réaliser son equity sur ce type de board. On a peu de FE sur un simple CBet qui n’accompli souvent pas grand chose contre de bons joueurs.

  • Comme on va très peu CBet ces flops (et beaucoup check/fold, check/raise et check/call), on va aussi plus souvent check/raise ou check/call nos draws. Puisqu’il est difficile d’avoir de la FE sur un CBet.

Un petit mot sur les fréquences de mises en value. Dans le chapitre sur les bluffs nous verrons les bons ratos bluffs/value. Je vais juste dire ici qu’en gros avoir 30% de value hands au flop, 50% au turn et 70% à la river, sur des mises standards autour des 3/4 pot, est une bonne base. Ces ratios sont à appliquer sur des séquences de mises sur 3 streets, ce qui sera souvent le cas avec des ranges plutôt polarisés OOP. IP nous verrons que c’est un peu différent. Pour les check raise, essayer de maintenir un ratio de 2/1 en bluff/value. Comme nous aurons plus de mal à réaliser l’equity de nos bluff lorsque nous somme OOP, nous aurons un ratio un peu plus important de value hands que lorsque nous raisons IP.

B- Stratégies de CBet IP.

N’ayant plus à se préoccuper de l’avantage positionnel de notre adversaire et de la façon de protéger nos ranges, on va porter l’essentiel de notre attention sur le range advantage et sur la manière de tirer avantage de la position.

Nous avons vu que OOP, si on n’a pas 3 streets de value il faut mieux en général checker. Nous avons aussi vu que nos fréquences de mises en value étaient proches de 30% au flop, 50% au turn, et 70% à la river. IP par contre, nous pouvons mettre en place des séquences de mises en value sur une ou deux streets, ce qui va modifier nos fréquences. Voici ce qu’il faut retenir, sur des mises standards de 3/4 pot:

  • Avoir 70% de value hands sur le dernier tour d’enchère.
  • Avoir 50% de value hands sur l’avant dernier tour d’enchère.
  • Avoir 30% de value hands sur l’antépénultième tour d’enchère.

Cependant, comme il est difficile de mettre en place un plan de jeu sur une seule street, car si on bet flop et check turn Vilain pourra souvent bet la river, on va éviter de prévoir un bet pour value sur une seule street au flop, et préférer checker ces mains au flop pour éventuellement les miser soit au turn soit à la river, ou alors les utiliser en bluffcatch sur une street.

Conséquences:

IP, nous allons value bet avec un range plus large et donc plus mergé que OOP, avec des mains qui auraient check/call OOP. Comme des TPGK, voir même des paires intermédiaires et 2nd pair bons kicker sur certains flops. Nous allons aussi beaucoup plus miser des combos que nous aurions check/fold OOP, dans l’intention de tuer les equities des ranges de check/fold de Vilain qui possèdent environ 25% d’equity. Empêcher Vilain de réaliser son equity avec ses mains marginales est plus efficace lorsque nous sommes IP. Nous miserons donc plus souvent nos mains vulnérables. Nos sizings serons globalement plus petits et nous pouvons même éventuellement splitter entre un plus grand nombre de sizings.

Résumer:

- OOP: Si nous n’avons pas trois streets de value, nous allons souvent check/call. Nous allons moins souvent CBet et avec un range plus polarisé composé de value hands plus fortes, et une proportion de bluffs plus importante.

- IP: Si nous pouvons avoir deux streets de value, nous allons CBet avec l’intention soit de 2 barrel et check/back la river soit de check/back le turn et bet la river (ou call une mise adverse). Je conseille de 2 barrel les mains les plus vulnérables et de check/back turn et bet river les mains les plus solides.

EDIT: Oubli de ma part qui sera rectifié dans la version définitive en pdf: L’avantage de range prédomine toujours sur l’avantage de position. Sur certaines textures dynamiques, comme les low flops, l’avantage de position ne fait que se cumuler à l’avantage de range. Dans les pots 3bet, les ranges étant très différents, les stratégies de CBet ne sont plus les mêmes.