Le check raise light en PLO

Le check raise light en PLO

Dans cet article à l'attention des joueurs possédant déjà des bases solides en PLO, Yeepaa vous présente l'art de check raise light en fonction des blockers et de la texture des boards.


Préflop range et défense par un call

Face à des adversaires très/trop large au bouton, il est indéniable que call un range plus serré en blinds est un postulat gagnant mais… ceci est vrai si on avait un stack très short et que le coup s’arrêtait préflop, ou plutôt que les mises s’arrêtaient.
On réaliserait un profit immédiat dès lors qu’on paierait avec un range de main qui domine celui de l’ouvreur.

Au plo, la répartition de l’équité postflop est très différente du NLHE. Chaque street peut faire évoluer la combinaison max qui peut encore changer sur la carte à venir.
Si jouer Oop est bien plus difficile au NLHE, cela est démultiplié au PLO. Ce sera une source de perte à n’en pas douter. Il n’y aura que très rarement des situations de dominations énormes et la norme sera plus proche du coin flip voir du 60/40 et le fait de jouer en position nous ouvre bien plus de solutions pour générer de l’argent.
Le Holdem est considéré comme un jeu polarisé, le PLO est un jeu mergé : on aura des thin value à faire en permanence, des bluffs catch à une fréquence très élevé, miser en semi bluff est clairement la norme en PLO alors que même si cela arrive souvent au NLHE, ce ne sera pas aussi fréquent.
Un joueur très loose en défense de blinds devra avoir une lecture très fine de son adversaire et de l’évolution du board pour tirer son épingle du jeu. Seul les tous meilleurs peuvent prétendre à extraire de la value en moyenne des situations hors de position.

Défendre en permanence des mains marginales et dominées contre un joueur en position est une habitude qui sera très couteuse sur la durée. Si vous n’avez, ne définissez pas un plan postflop cohérent contre le profil qui vous est opposé sur le moment, il va être bien meilleur de rester dans un style plus conservateur et tight en blinds tant que votre finesse d’analyse des situations et des profils ne vous permettra pas de prendre l’ascendant même Oop.

Nous allons tenter de faire une short list des paramètres à prendre en compte et les options qui nous sont offertes selon les situations :

  • Les blockers sur les mains à value
  • Les blockers sur les draws
  • La texture du flop

Les blockers sur les mains à value (nut /non nut), et les blockers sur les mains qui draw vers des hands values

Il est important d’avoir en tête qu’il n’y a pas que les blockers vers les nuts qui sont profitables à bluff/semi-bluff. Si on connait tous le jeu de l’As sec pour la flush, il est bien d’autres situations profitables et certainement moins lisibles.

Exemple de bluff sur As sec : sur

Faire un donkbet river ou un raise barrel river peut avoir l’effet escompté contre une cible identifié avec une grande chance de réussite, si on estime notre risk/reward suffisamment finement, on en tirera une grande profitabilité.
Ici nous sommes dans une situation à la river, plus aucune cartes ne pourra venir aider un joueur qui a trouvé son set au flop et qui ne pourra pas vraiment défendre ici et si il a une flush Q high et qu’on a une image plutôt bonne, à l’identique il lui sera très difficile de contrer notre bluff.
Ne pas se tromper de cible est très important, tout comme mixer nos bluffs avec nos value/thin value. Sans quoi, on risque de se faire playback à une très haute fréquence et la profitabilité de notre move sera mise à mal.

Une fois cela dit, passons aux autres bloqueurs, à tout ce qui réduit les combos de hands value mais aussi de value draws !

Prenons une défense un peu loose en BB avec :

Le flop vient :

Nous avons une main intéressante à bien des points de vue :
Si on fait un petit tour dans Propokertools, on lui demande dans le top 40% (la fréquence de steal de notre adversaire au bouton dirons nous) à quelle fréquence il aura KK, JJ, KQT, As*s en tenant compte du flop et de notre main.
On se retrouve avec 4,24% des fois où il détiendra une main de ce type. Si on lui ajoute un FD random pour les fois où il s’accrocherait à ça, cela revient à 13% en gros, et si l’on « borne » à un FD T+ il est à 11% de combos de mains dans son univers de départ.
Notre adversaire fait un cbet (ce qu’il va faire une grande majorité du temps sur ce flop vs un check de notre part) et nous lui plaçons un c/r, que peut-il faire ?

1. ll repop : bon, en gros on est mal tombé et on peut gentiment partir du coup
2. Il fold, la meilleure opération possible pour nous. Si le pot fait 8, qu’il mise 5 et que nous misons à 16 nous misons 16 pour gagner 13 et l’adversaire doit défendre 45%+ de son range pour nous empêcher de réaliser un profit immédiat, ce qui en reprenant les combos qui peuvent s’opposer à nos moves sera difficile à une telle fréquence.
3. Il call, nous devions prendre le coup un peu plus de 1,2 fois du temps mais nous avons aussi de l’équité dans ce coup, nous jouons les gutshot, les J et possiblement nos DP (la Q ne serait pas si bonne que ça et personnellement je préfèrerais trouver un 6 aux autre secondes paires).

Nous pourrons ajuster nos sizings de check/raise en fonction de sa réaction à ceux-ci. Miser quelque chose plus proche d’un rapport 1/1 est évidemment plus profitable. Nombre de joueurs à ce jour procèdent par minraise dans cette situation. Un des soucis est qu’il est difficile de générer de la value avec nos meilleures mains, mais le pendant de cela est que le risk/reward est incroyablement bon.
Sur un pot de 8, il cbet 5, on min check/raise à 10, on mise 10 pour prendre 13 et si le move passe en gros 3 fois sur 4 c’est profitable, et ce toujours sans prendre en compte notre équité dans le coup.
Ce qui est important à comprendre, c’est qu’en dehors de tout le reste, nos blockers réduisent considérablement les possibilités de combos.
Pour reprendre la main exemple ci-dessus mais en ne prenant pas en compte nos cartes et celles du flop, toujours dans 40% des combos de départ, la « possibilité » de kk,jj,kqt,Ass,(t+):s*s est de près de 27% !
On voit que l’impact flop + main connue est énorme en termes de combos possibles chez l’adversaire.


La texture du flop

L’erreur à ne pas commettre est de ne pas prendre en compte la texture du flop et de considérer la situation sans prise en compte du préflop :
Pour faire un schéma un peu alambiqué, plus haut est le VPIP/PFR de notre opposant plus grande est notre équité postflop. Il impactera à une fréquence faible les flops avec une range trop large et nous serons donc en bonne position très souvent aussi bien en équité réelle qu’en possibilité de lui placer un move.
La texture du flop précité, impacte très bien les ranges strong, faible VPIP/PFR mais pas énormément les ranges du types 60%+
Il faut comprendre que les combos KK/JJ/KQT/AS*S/(T+)s*s sont en nombre limité :
Cela nous donne 72998 combos sur les 270725 possibles soit 27% (arrondi)
Le top 40% représente 108289 combos
72881/108289*100=67% (certains combos ne sont pas dans les 40% mais passons sur cette approximation du fait que c’est juste pour relativiser les possibilités.
Si un joueur joue 100% de ses mains, il ne pourra détenir que 27% du temps un combo (des) de ce range alors que (toujours ici, sans prendre en compte le removal flop/main détenue) le joueur qui joue 40% de ses mains détiendra un/des combos de ce range 67% du temps.

Nombre de joueurs sont réticents au fait de placer un bluff/semi bluff sur des textures trop « wet » ou riches, cela est due à la peur de tomber contre les nuts et aussi au fait qu’il y ait plus de combos pouvant trouver un call sur notre move.
Pour autant, un check/raise sur un flop d’une telle richesse montre une force bien plus importante que sur un flop type « locked down board » sans FD ou avec une doublette ou affichant une quinte posée.

De plus, si on prend ce cas spécifique en exemple, notre main est trop faible pour check/call profitablement, nos doubles paires feront trop rentrer de quinte et nous donner des reverses énormes. La présence du FD plombe notre gutshot qui n’est de plus pas nuts !
Si on devrait donner un axe de jeu à ces situations : SI on ne peut payer plus d’une street, alors le choix doit être check/raise ou check/fold. (Je ne parle pas du donkbet ici, avec une value hand dans un jeu aussi deep, il faudrait vraiment avoir un joueur qui ne cbet que trop peu et qui de plus en a conscience pour que la prise de lead soit correcte.)
Avoir en tête aussi qu’il est possible non pas de bluff sur le flop mais de déporter le jeu des blockers sur le turn. Sur un flop un peu plus « sec » n’affichant pas de FD et où entre le flop et notre main il y a un removal effect important, si l’adversaire à des tendances à barrel énormément nous pouvons attendre une mise de plus et jouer comme si nous étions en value mais « craintif » du FD et tirer notre balle à un moment où les équités de draw ont sévèrement chuté.


Un dernier exemple pour l’illustration via une main jouée récemment

Profil adverse : 44/27 8% de 3bet. (joueur relativement compétent qui ne va pas chercher non plus à faire n’importe quoi contre moi, les images réciproques sont plutôt bonnes je pense, même si je le trouve un peu trop lagish et que cela lui jouera des tours sur la durée et à des tables plus difficiles – nous avons 2 fishs et un joueur « moyen » en plus de nous 2)
Or utg : 46% (ce qui fait 124525 combos) Cbet 67%
J’ajoute des pics de cartes pour la lisibilité en plus de la HH et j’ai évidemment modifié les pseudos de mes adversaires.
€0.50/€1  Pot Limit Omaha Hi 
Winamax 
5 Players 
Stacks: 
UTG  SuperVIlain28 €168.71 169bb 
CO  OmagaIlfaitBooo €42.94 43bb 
BTN  HOULALABIGFISH €81.17 81bb 
SB  VADORMIR €279.80 280bb 
BB  Yeepaa €114.29 114bb
 
Pre-Flop: (€1.50, 5 players) Yeepaa is BB
SuperVIlain28 raises to €3, 3 folds, Yeepaa calls €2 

Flop : (€6.50, 2 players).
Yeepaa checks, SuperVIlain28bets €4.30, Yeepaa raises to €14.50, SuperVIlain28calls €10.20 

Turn : (€35.50, 2 players)
Yeepaa bets €26.50, SuperVIlain28folds 

Final Pot: €35.50 
Yeepaa wins €86.19 (net +€42.19) 
SuperVIlain28lost €17.50 

Flop, j’ai donc les blockers sur la nuts – QJ – un petit pique qui réduit un peu aussi son équité de draw et un T qui va réduire aussi les doublettes turn qui « m’obligerait » à ne pas 2 barrels si il paye mon move.
En combos sur son univers de départ : les mains les plus fortes : AA, KK, AK, QJ,*s*s représentent 103784 sur les 124525 qui sont dans ses 46% de PFR utg.
Une fois le flop dévoilé et notre main connue, cela passe à 47975 soit 38,5% de son univers de départ mais 16,78% des combos existant.
Et plus spécifiquement, QJ pour les nuts n’est présent que dans 3934 combos soit une part de 1,45%.
Les autres combos qui lui permettraient de jouer sur plusieurs street sont : AK/FD Set/FD pour 771 combos soit 0,28%, avec ces combos il pourrait nous faire un move une portion du temps, nous avons tout de même un range de c/r ici très orienté nuts et peel la majeur partie du temps pour réaliser son équité en jouant de la position et profitant de potentielles implicites du fait de notre jeu Oop sera ce qu’il va faire à une grosse portion du temps.
Le check/raise est donc assez facile ici contre un joueur qui ne va pas 3bet au flop légèrement et qui est conscient des odds et équités à un degré qui va « l’empêcher » de vouloir broke trop légèrement postflop.
Le turn est la plus belle des briques et un second barrel est donc de rigueur pour lui faire jeter la majeure partie de son range.


Les blockers sur les draws

Il y a un petit distingo à faire et à garder en tête comme évoqué dans le paragraphe précédent, et ce, sur la texture des flops, leurs dynamismes et les possibilités de range de call/raise des opposants.
Prenons le cas d’une main double suité avec une paire medium, pas une très belle main mais face à un range bien wide et des plans de jeu construit, ça se défend en blinds. Disons donc que nous sommes encore BB ici.

sur un flop

Pourquoi un check/raise peut-il être intéressant ici ?

1. Nous avons Gutshot/backdoor flush draw/seconde paire en plus de notre paire de 9.

2. Nous impactons énormément le nombre de combinaisons que notre adversaire peut détenir et qui soient capables de rester dans le coup face à un check/raise. Nos 9 sont de superbes removal cards. Il n’y a pas un grand nombre de combos de 4 cartes qui soient capables de continuer à nous payer sur la majeure partie du deck au turn ni en value, ni en bluff catch.

3. Le check/raise ici est bien meilleur que le float et la prise de lead plus tard dans le coup (appelé reverse float du fait que nous soyons hors de position), nous le ferions avec un set, avec DP+OESD, et nous le faisons donc avec bien moins. Nous pouvons faire passer même une main type AQQT ici sur 2 barrels assez aisément quand une straight card va rentrer et même sans cela si nous barrelons le bluff catch va être difficile tant nous pouvons avoir DP/Set en plus d’un OESD ou wrap. Nous lui ferons renoncer à 70%+ d’équité ce qui serait magnifique.

4. Sur cette texture il y a trop peu de main qui sont à même de placer un 3bet sur ce flop. JJ serait logiquement la seule et même si c’est présent dans le range adverse, cela représente une portion bien faible de ce qu’il peut avoir.

5. Avec nos blockers nous pouvons barrels une tonne de turn qui complètent les quintes et représenter un check/raise au flop avec TP/OESD TP/Wrap DP/GS DP/OESD etc…

 

 

 

 

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