Comment utiliser les reads au poker

Comment utiliser les reads au poker

À l’instar de Ronaldinho, Nicolas Rames aime le beau jeu, disons le poker samba. Mais à l’inverse du footballeur brésilien, il sait aussi temporiser avant d’effacer ses adversaires. Grindeur régulier des NL200 et 400, il est bien placé pour savoir que spectacle ne rime pas toujours avec efficacité. Et lorsqu’il fait mine de laisser l’initiative à ses rivaux, c’est pour mieux les manoeuvrer…

 

L’action se déroule en cash game sur une NL200 short handed. Nous sommes cinq à la table et, a priori, le jeu est de qualité. Tous sont de bons joueurs, aucun n’est en tout cas identifié comme un fish. Sans être trop agressive, la partie est tout de même assez disputée, mais sur des blindes 1€/2€, je suis dans ma zone de confort, et j’ai déjà eu l’occasion de prendre quelques notes sur mes adversaires. Une chose que je vous invite à faire le plus régulièrement possible, dès lors que vous remarquez des systématismes dans le jeu de vos rivaux.

Avoir des reads grâce aux notes

Assis juste après les blindes (UTG), je reçois   et décide d’ouvrir en premier de parole. Avec une telle main, c’est le genre de move que je privilégie lorsque j’ai des joueurs faibles dans les blindes. Ici, ce n’est pas le cas et jeter 78 ne serait donc pas une erreur, seulement, j’ai décidé de mixer mon jeu. Vilain calle depuis le cut-off, tandis que le bouton et les blindes se couchent : je vais donc devoir jouer ce coup hors de position. Vilain est un bon joueur, assez loose pré-flop, qui check/raise beaucoup ensuite. Ici, il n’en aura pas l’occasion puisqu’il est en position.

 Flop : . Je trouve un bon flop, qui m’accorde pas mal d’équité avec mon tirage quinte par les deux bouts, et j’opte pour un c-bet standard des deux tiers du pot, comme je le ferais avec une main légitime, surtout sur un flop qui comporte de nombreux tirages. Je sais qu’avec une telle mise, je vais le pousser à jeter des jeux comme hauteur As ou des pocket paires, disons 88 et moins. Vilain me relance à 26, un raise assez faible mais classique étant donné qu’il est en position. Heureusement, j’ai déjà eu l’occasion de le jouer et j’ai noté qu’avec top paire (AT, par exemple), il préfère plus souvent payer que relancer. En revanche, il hésite rarement à raise ses tirages en semi-bluff, surtout en position. À ce stade, je le mets plutôt sur un broadway (KQ, KJ, QJ), ou encore AX assortis à trèfle. Là encore, je pourrais me contenter de folder, mais j’ai encore un peu d’équité si je touche face à sa range. Je peux aussi bluffer pas mal de turns, et surtout je me fie à ma lecture. Je décide donc de payer et d’aviser.

Turn: . Le turn est une brique parfaite, dans la mesure où elle n’améliore aucun tirage, ni le mien ni ceux de sa range. En général, on évite de bluffer sur les briques parce que ce faisant, on ne représente pas grand-chose. Mais grâce à mes notes et compte tenu du nombre de tirages dans sa range, je ne compte pas m’en priver. En revanche, donk lead ici ne voudrait rien dire, j’opte alors pour un check/raise. Sauf que mon adversaire mise cette fois 30, soit moins de la moitié du pot. Une mise aussi faible me donne la quasi-certitude qu’il est toujours à tirage. En value, il aurait parié plus cher. Ici, son sizing lui laisse le loisir de miser encore à la river sans être committed. Évidemment, T9 ou brelan de Neuf, de Dix ou de Deux sont aussi dans sa range, mais la faiblesse de son bet sur un board aussi drawy, élimine ces mains presque à coup sûr. Je décide donc de payer, mais avec une idée très précise de la façon dont j’agirai sur la river. Sur les cartes qui ne m’arrangent pas (les Huit, les Valets et bien sûr les trèfles), je vais check/fold. En revanche, je pourrai check/raise all in dans tous les autres cas de figure.

River : . La brique attendue! Je checke et mon adversaire ouvre à 69€, une mise trop faible pour être un value bet. Fidèle à mon plan de jeu, je shove et il jette assez rapidement. La clé de ce coup est la prise de notes en amont. 78 assortis n’est pas une main qu’il faut ouvrir systématiquement. Disons que pour équilibrer notre range, je conseille de ne le faire qu’une fois sur trois ou quatre, en moyenne.

 

Exploiter le fish grâce aux reads

En heads up, la clé est de toujours maîtriser son jeu, sans verser dans l’agressivité à outrance. En général, je préfère les parties short handed et, aux limites où je joue, les réguliers s’affrontent rarement en tête à tête, à moins de vouloir s’offrir une session d’entraînement. La plupart du temps, j’ouvre une table ou deux en attendant qu’un fish se présente. C’est le cas ici. Nous avons débuté il y a quelques dizaines de mains avec 100 BB de profondeur, et mon adversaire relance à une fréquence élevée mais sans grand succès puisque je le couvre déjà assez largement. J’ouvre A9 et opte pour une relance standard à 3 BB. Vilain, comme souvent, me sur-relance en utilisant le bouton x4 proposé par la room, son raise standard. Jusque-là, j’ai beaucoup foldé sur ses 3-bets. Sa fréquence est de plus de 30%, je sais donc qu’avec cette main, je me situe au-dessus de sa range. S’il ne relançait que 15%, j’aurais probablement jeté. Mais ici, si je trouve top paire, je serai probablement devant. Je peux donc payer profitablement.

Flop: .
Il adopte alors une ligne très bizarre puisqu’il checke ce flop relativement sec. Le Huit est LivePoker 43 Vilain (Grosse Blinde) (198€) peu probable, et deux Trois également, d’autant que ce type de joueur a tendance à se contenter de payer avec une pocket paire en dessous des Neuf et à 3-bet light avec ses broadways. J’envoie un peu moins de la moitié du pot en value. Son check/min-raise me conforte alors dans l’idée que sa ligne ne veut rien dire. Cela devient très confortable pour moi. Je paye, espérant lui laisser l’occasion d’investir plus tard dans le pot.

Turn: .
Le turn est une brique idéale. Il checke et je décide d’en faire autant, parce que je pense qu’il ne paiera jamais avec moins bien qu’hauteur As, et surtout parce que je pense pouvoir induire pas mal de bluffs à la river, quitte à prendre le risque de lui offrir une carte gratuite. À ce stade, je suis à peu près certain de payer toutes ses mises à la river.

River : .
La river parfaite! Je checke en priant pour qu’il mise, ce qui ne manque pas d’arriver. Si la river avait été un Valet ou une Dame, j’aurais sûrement payé de la même façon, et ce pour une raison simple: étant donné sa ligne, il va envoyer le pot sur toutes les rivers. Or, il ne joue que six cartes du paquet. Autrement dit, 12% du temps, je perds 400, le reste du temps je gagne la même somme. Face à un fish, mieux vaut laisser l’opportunité de bluffer plutôt que de chercher à protéger sa main.

Article publié par livepoker

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