Costa Croisière, le nouvel eldorado du poker ? (3/4)

Costa Croisière, le nouvel eldorado du poker ? (3/4)

En mars 2010, Mizar nous racontait sur le forum de Poker Académie ses aventures à une table de poker électronique, lors d'une croisière. C'est comme si c'était hier...Voici la 3ème partie : le millionnaire. 

 

Vous avez loupé les premières parties ? Pas de panique, voici la session de rattrapage :

 

Soirée 3 : Le millionnaire


C'est sur les coups de 23h15 que j'arrive au casino. Un peu plus tard que d'habitude donc, finition du compte-rendu de la veille oblige. Mes ambitions sont en berne depuis le premier jour de la semaine, où je me voyais déjà rembourser ma croisière, voir plus si affinités. Après deux soirées et grosso modo huit heures de jeu, j'ai quand même réussi l'exploit d'être dans le rouge en jouant à la table de poker la plus facile du monde. Certes de peu (-70 euros), mais j'ai tout de même l'impression que c'est mon honneur qui est en jeu ici. Du coup, je préfère désormais me fixer un objectif à la Guy Roux : finir la semaine dans le vert.

"Petit joueur !" vous dites-vous alors probablement en lisant ces lignes. Et vous avez bien raison...

 

Première désillusion de la soirée. Il n'y a personne à table. Serais-je arrivé trop tard ? Je décide de m'asseoir pour attendre mes amis italiens et compulse le programme du lendemain sur le bateau, histoire de passer le temps :

10h Aquagym

11h Conférence sur l'après-rasage en Italien et en Anglais.

14h Tournoi de fléchette

16h Cours de flamenco

17h Conférence : Comment garder un ventre plat par Simona Flamini.

18h Tournoi de dames

...

 

Bon, je sens que demain, on va passer notre journée à visiter Abu Dhabi chérie !

Je tourne la page avec appréhension pour savoir quel sera le programme de la soirée quand je reçois une bourrade virile dans le dos. Lorsque vous ne vous y attendez pas, ça fait toujours drôle. Et pas forcément du bien. Trois de mes amis italiens viennent d'arriver et me saluent à leur manière. Je reconnais Penne, Bruschetta et Tortellini. Notre quatuor lance donc les hostilités. Et c'est toujours un vrai plaisir. En un quart d'heure, aucun d'entre eux n'a encore relancé preflop ou tenté le moindre bluff. J'affiche déjà 260 euros au compteur (+ 60 euros donc).

 

Malheureusement, la table va rapidement se remplir dans la demi-heure suivante. Penne nous rejoint, puis Flavio et Antonio, l'Espagnol que j'avais destacké le premier jour lors d'un heads up endiablé sur les coups de 3h du matin. Depuis ce duel, Antonio est persuadé que je passe mon temps à bluffer. Il n'a évidemment pas remarqué que je ne joue pas forcément de la même manière contre neuf joueurs. Il ne restera donc à table que dix minutes, pas une de plus, après avoir payé avec mon trois barrels avec sur un board .

 

Penne Alarabiata

Pas facile de jouer en full ring sur le Costa Luminosa décidément. Les joueurs mettent beaucoup de temps à réfléchir ou à miser. Le rythme est lent, mais lent... Moi qui ai beaucoup de mal à jouer en cercle, notamment à cause de ça, je suis vraiment servi. Encore heureux que Tony ne soit pas de la partie ce soir. Le responsable du casino nous apprend d'ailleurs qu'il est resté assis seul à table sur les coups de 20h30, avant de partir au bout d'une demi-heure.

Ce soir, il y a deux têtes inconnues à table. Un Italien et un homme d'une quarantaine d'année en costard-cravate, qui ne dira pas un mot de la soirée. Dans le doute, je pars donc du principe qu'il est italien et le baptise Lino. Un hommage à Lino Ventura, excellent notamment dans le film "Le Silencieux".

 

J'aime bien Lino Ventura. J'aime beaucoup moins Lino de Costa Croisière lorsque mon brelan max s'empale sur sa couleur touchée à la river. Bilan : une grosse moitié de mon tapis évaporée et un recavage dans les règles.

J'ai Bruschetta à ma gauche et Flavio à ma droite. Flavio est vraiment mon grand pote maintenant, même si nous ne dialoguons que sous forme de gestes ou d'onomatopées. J'ai d'ailleurs parfois l'impression de jouer un remake feutré de la "Guerre du feu" avec lui. Un terrible froid va pourtant s'installer entre nous lorsque je bénéficie de mon second gros set up favorable de la semaine. La première fois c'était contre Flavio en heads up, lundi dernier. La deuxième, c'est encore face à Flavio, et il trouve sans doute que ça commence à faire beaucoup.

Sur un board nos tapis s'envolent en toute logique, mon pote italien ayant et moi .

Tous les convives de la table, excepté Lino, ne peuvent laisser échapper un "oooohhhh" presque langoureux. Flavio me fusille du regard. Il débite une centaine de mots en moins de 10 secondes. Déjà que 2-3 mots de suite, j'ai du mal à comprendre. Mais là... En même temps, c'est peut-être préférable.

Penne, lui, crie presque au scandale. Il hèle le responsable du casino, qui fait la grosse erreur de passer dans les parages à ce moment-là, et lui lance que la table est truquée. Que full max contre carré, ça n'arriverait jamais avec un vrai croupier et des vrais cartes ! Qu'on ne voit ça que dans Giovanni (James) Bond !

 

Penne Alarabiatta sera conforté dans son intuition lorsque, dix minutes plus tard, Spaghetti remportera un pot avec . Puis, quatre coups après, avec . Désormais, chaque set up sera l'occasion pour Penne de pester contre la table, et d'accuser le casino de vouloir créer artificiellement des grosses rencontres avec des gros pots pour amasser plus de rake.

Flavio, lui, n'a toujours pas digéré notre dernière confrontation et me fait la gueule pendant une bonne demi-heure, me jetant régulièrement un regard funeste. Comme si c'est moi qui avais truqué la table.

 

A ma gauche, Bruschetta est sans doute l'un des joueurs les plus étonnants qu'il m'ait été donné d'affronter. D'abord parce que Bruschetta camoufle ses cartes en plaçant ses mains devant elles. Mais pas sur les côtés. Résultat : j'aperçois quasi systématiquement tout son jeu, d'autant qu'à chaque tour (preflop, flop, turn et river), il jette de nouveau un coup d'oeil à ses cartes. Craint-il que celles-ci puissent se métamorphoser entre le flop et la river ?

A sa décharge, Bruschetta n'est pas le seul à vérifier quatre ou cinq fois ses cartes pendant le déroulement du coup. Tous les autres joueurs le font aussi ! J'assiste d'ailleurs à un étonnant ballet, parfaitement synchronisé à chaque fois. Les cartes sont distribuées et, tels des automates, toute la table regarde sa main quasiment dans le même tempo. Le flop tombe, rematage de cartes dans la foulée. La turn, bis repetita. Et à la river, tous ceux qui sont encore dans le coup (c'est à dire encore une grosse poignée) reluquent une dernière fois leur jeu. Ceci explique aussi, en bonne partie, la désespérante lenteur du jeu quand la table est pleine.

 

Grâce à Bruschetta toutefois, je ne vais pas trouver le temps long. Le fait de voir presque à chaque fois ses cartes me permet de vivre des moments d'une rare intensité. Deux coups de sa part me marqueront d'ailleurs sans doute à vie.

Comme lorsque avec sur un board et trois trèfles, il décide de suivre à la turn une mise de 2/3 du pot, alors qu'il y a encore deux joueurs derrière lui. Il faut dire que Bruschetta possède alors le 3 de trèfles...

Ce n'est rien à côté du coup d'extra-terrestre qui va suivre. Sur un board à 5 joueurs, Tortellini mise d'entrée 1/3 du pot. Un call et deux folds plus tard, c'est au tour de Bruschetta de jouer. L'une des plus grosses calling stations de l'histoire maritime décide alors de folder négligemment son ! Le coup se termine et Tortellini montre fièrement son et sa quinte floppée. Bruschetta a t-il vu que, lui aussi, il avait floppé une quinte ? Ou, guidé par un sixième sens hors du commun, a-t-il pressenti qu'il était dores et déjà battu au flop ? Quoi qu'il en soit, après ce coup, je ne vois plus Bruschetta de la même manière. Stu Ungar ou Phil Ivey sont des nains à côté.

 

Tortellini 


Encore une fois, j'insiste sur le fait que toutes les situations et les coups que je vous raconte sont rigoureusement authentiques. En me relisant, je me rends compte que ça paraît parfois trop gros pour être vrai. Et pourtant.

 

Les coups s'enchaînent un peu plus vite désormais car la table s'est vidée progressivement. Il est 3h du matin et Penne vient de perdre un gros coup contre moi avec ses bottom deux paires contre mes deux paires max. Il se trémousse sur sa chaise et cherche tout azimut le directeur du casino pour lui dire sa façon de penser. Je suis parvenu à monter mon stack à 650 euros. Je suis fatigué et, même si Flavio a encore 160 euros devant lui, Il ne reste plus que 45 euros à Penne et 30 euros à Bruschetta. J'annonce à mes camarades que je joue les trois derniers coups. Au bouton, je regarde mes cartes et découvre une belle paire . Ma première main premium de la soirée ! Vais-je achever cette session en apothéose ? 

Je relance à 16 euros et suit payé par Bruschetta et ses 15 big blinds, ainsi que par Flavio.

Sur un flop rainbow , je CB à 40 euros. Fold de Bruschetta, qui préfère préserver ses 14 euros pour les deux coups restants. Et call de Flavio, qui se tortille sur sa chaise.

Turn : un . Je balance la sauce et Flavio me fusille de nouveau du regard. Il se lève, mitraille une salve de mots en "i", puis appuie sur le bouton call dans la foulée.

Nos cartes se retournent, celles de mon adversaire affichent pour un tirage quinte.

Le à la river me crucifie, pendant que Flavio pousse un gigantesque hurlement, qui doit réveiller au moins la moitié des passagers du navire. Flavio rayonne. Il s'agite, se tourne vers moi et vient prendre mes mains pour les serrer chaleureusement, l'air de dire "on est quitte maintenant".

Je viens de me faire suckouter un pot de 340 euros juste avant d'aller faire dodo. Par le meilleur moyen de trouver rapidement et paisiblement les bras de Morphée.

 

Je rentre dans ma cabine un peu sonné. Alors qu'à une carte près, j'aurais pu rembourser près de la moitié de ma croisière, je finis la soirée avec un bénef de 220 euros.

En soi c'est loin d'être négligeable. Et pourtant, je suis déçu. Dans mon lit, je ne peux m'empêcher de penser au "Millionnaire", cette ancienne émission de télé présentée par Philippe Risoli et parodiée par les Inconnus. Les candidats devaient tourner une roue qui leur permettait d'empocher entre 100 000 et 1 million de francs. Et lorsqu'il ne gagnaient "que" 100 00 ou 200 000 francs, on pouvait clairement lire du désarroi, voire de la détresse sur leur visage.

Cette nuit-là encore, je ferai un rêve bien étrange...

 

(à suivre)


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