A quelles superstitions croient les meilleurs joueurs du monde ?

A quelles superstitions croient les meilleurs joueurs du monde ?

Pourquoi Johnny Chan joue-t-il toujours avec une orange à ses côtés ? Pourquoi être habillé en rouge est vraiment Ev+ ? Negreanu peut-il vraiment deviner les cartes qui vont tomber ? “Dame Huître” est-elle une main premium ?

  En 1972 Stevie Wonder chantait dans son tube Superstition:
“When you believe in things you don't understand
Then you suffer
Superstition ain't the way”
Soit en français 
“Quand tu crois à des choses que tu ne comprends pas
Alors tu souffres
La superstition n'est pas le chemin (à prendre)”

Il semble que le hit de Little Stevie s’applique parfaitement au poker : si un joueur s’en remet au vain espoir de maîtriser le hasard plutôt qu’à l’étude du jeu, il a toutes les chances de se faire raser.
Cela dit, même si la plupart des grands joueurs affirment être rationnels, ils ont presque tous des superstitions plus ou moins étranges. Quelles sont-elles ? Dans le lot, y’en a-t-il qui fonctionnent ?  

A l’hôtel  

La numérologie chinoise  

Deux mots sont dits paronymes quand leur prononciations sont proches mais leur sens radicalement différents. Il existe des superstitions chinoises  basées sur les paronymes des nombres et donc les numéros de chambre d’hôtel.
Ainsi 8 a une prononciation en mandarin similaire à “prospérité” et est le numéro porte bonheur dans beaucoup de cultures asiatiques. Les chambres 8 et plus encore 88 sont très prisées.
A l’inverse 4 ressemble à “mort” et porte donc malchance.
5 ressemble à “pas” dans le sens de “non”. Donc 58 “pas prospère” est un mauvais numéro.
La numérologie est très populaire en Asie et à presque chaque nombre correspond un présage.   

La numérologie occidentale  

En lisant le paragraphe du dessus, vous vous êtes peut-être dit, à la Obélix “ils sont fous ces chinois”.
Faisons preuve d’humilité et rappelons que 13 est un nombre très chanceux pour certains (cf les super cagnottes des vendredis 13) et très malchanceux pour d’autres (beaucoup de compagnies aériennes / hôtels n’ont pas de siège / chambre 13).
Le 7 est un nombre porte bonheur très populaire en occident.  

La chambre porte bonheur.  

Mon ami Matthieu Cornette a remporté le championnat de France d’échecs 2016 à Agen. Le championnat 2017 se déroulant dans la même ville, il a réservé la même chambre du même hôtel. A un journaliste qui lui demandait s’il était superstitieux il a répondu “non vraiment pas, mais pourquoi changer ?”
Choisir la même chambre après une victoire correspond à ce que j’appellerai dans cet article la “technique du jour sans fin.” On répète simplement ce qui a fonctionné, même si cela peut paraître idiot. En réalité, répéter une routine victorieuse nous replace inconsciemment dans le même état d’esprit. Toute proportion gardée, c’est bel et bien une technique Ev+.  

Get lucky  

Le hit de l’été 2013 a popularisé l’expression “get lucky”, que l’on peut traduire littéralement par “être chanceux”  et qui signifie “choper”. Cela a permis de trancher un débat parmi les joueurs de poker : faut-il coucher pour se sentir bien ou au contraire se priver de sexe pour “sublimer” sa libido ? Choper équivaut à être chanceux et c’est donc le moyen le plus agréable d’améliorer son Ev. En revanche, ne restez pas “up all night to get lucky” si vous voulez être en forme.   

L’habillage  

Porter du rouge  

Dans beaucoup de championnats d’arts martiaux un des concurrent porte du bleu et l’autre du rouge, après un tirage au sort. On est tenté de penser que statistiquement le rouge remporte 50% des matchs. En réalité, c’est plutôt 54%-46% en faveur du rouge ! Est-ce parce que l’on se sent dominant quand on porte du rouge ? Ou que l’on se sent dominé quand l’adversaire porte du rouge ? Ou que face à une couleur vive on peine à se concentrer ? Personne ne sait vraiment et même s’il n’y a eu aucune étude sur le port du rouge dans les tournois de poker live des joueurs s’y sont mis “au cas où”.   

Les vêtements porte-bonheur.   

Konstantin Puchkov a établi le record de ITM en un seul WSOP en 2012 (11). Outre ce record, il est connu pour (presque) toujours porter son polo bleu et jaune. Est-ce la mauvaise odeur qui dérange ses adversaires ? Pour déterminer si porter le même maillot aide vraiment, il faudrait connaître la stat de base : combien de joueurs des WSOP portent le même maillot tous les jours ? D’autres joueurs ont leur marque de fabrique : qui peut imaginer Doyle Brunson sans chapeau ou Phil Laak sans sweat à capuche ?      

Les accessoirs    

Johnny Chan, double vainqueur du Main Event des WSOP back to back en 1987 et 1988 et finaliste de ce même tournoi en 1989 est connu pour apporter une orange à sa table. Cette habitude lui est venue à cette époque révolue où les joueurs fumaient à table. Importuné par l’odeur de la cigarette, Chan humait son orange pour se débarrasser de la fumée. Après tant de succès avec une orange, il n’a pas pu jouer sans même après l’interdiction du tabac. 

En parlant de cigarettes, vous avez sûrement vu Sam Fahra avec une clope au bec, par exemple lors de sa mythique finale perdue en 2003 contre Chris Moneymaker. Sûrement un fumeur invétéré qui ne peut s’empêcher d’avoir une cigarette dans la bouche, même si le règlement lui interdit de l’allumer ? Nope, Fahra est non fumeur… En réalité, lors d’une très mauvaise session de cash-game, après bad beats sur bad-beats, un de ses adversaires, compatissant, lui a offert une clope. Fahra l’a accepté, porté à sa bouche, mais ne fumant pas, il ne l’a pas allumé. A cet instant, la chance a tourné. C’était juste avant ces WSOP 2003 et Fahra a décidé de jouer avec sa “unlit cigarette”.   

La stratégie du jour sans fin   

Rappelez vous ce film mythique dans lequel Bill Murray revit indéfiniment la même journée. Certains joueurs dont Jason Mercier, s’en inspirent pour leurs tournois. Ainsi quand Mercier se qualifie au day 2, il essaye de répéter ce qui a pu l’aider. Par exemple en reprenant le même chemin de l’hôtel au casino, où le même plat. Rebelote au day 3. Réciproquement, s’il se fait éliminer au day 1 d’un tournoi, il changera de routine pour le tournoi suivant… Comme expliqué plus haut, cette stratégie qui peut sembler basée uniquement sur des superstitions douteuses n’est pas si idiote car répéter une routine victorieuse nous replace inconsciemment dans ce même état d’esprit à succès.  

Les mains fétiches  

On ne va pas se mentir, si un joueur pouvait avoir AA à chaque main, il signerait. Mais certains joueurs ont d’autres mains fétiches.
On pense évidemment au 10-2 de Doyle Brunson qui lui a permis de remporter les WSOP 1976 et 1977, en faisant full les deux fois sur la dernière main.
Dans la francophonie, le Q8 à prononcer “dame huître” de Kitai est une main mythique. Tout est parti de joueurs français qui se moquaient de la prononciation wallone du 8 de Davidi : “weet”. Pas rancunier, Davidi a même accentué le trait en se mettant à prononcer “huître”. Ensuite il s’est mis à jouer Q8 plus souvent que de raison et ses adversaires aussi ! Il l’a dit lui-même : ses adversaires - francophones en tous cas- considèrent Q8 comme une main premium !      

“One time !”  

A utiliser quand on est à tapis et clair underdog. Sous entendu “pour une fois dans ma vie, s’il vous plait, Ô Dieux du poker, faites que je sois chanceux”.
Evidemment, le top est d’utiliser cette expression deux fois de suite, ça ne changera peut-être pas les probas, mais si jamais vous chattez deux fois de suite en disant “One time !” vos adversaires risquent de tilter.   

L’art d’appeler les cartes  

Cette superstition est tellement commune dans le monde du poker qu’elle s’est transformée en un véritable art avec des règles strictes. Lady luck favorise ceux qui les respectent et punit ceux qui osent les enfreindre.   

Règle numéro 1 : ne dites jamais “pas de x” mais “y”. 
Par exemple, si vous avez TP vs tirage flush et que ça part à tapis, ne dites surtout pas “pas de pique”, mais par exemple “un trèfle”. Mieux encore, soyez plus précis : “3 de trèfle”.  

Règle numéro 2 : si vous appelez la turn, appelez aussi la river
Ne faites surtout pas comme Klodnicki qui croyait qu’il suffisait d’appeler avec succès un tirage quinte flush pour gagner…  

Règle numéro 3 : prenez exemple sur Daniel Negreanu
Le kid du poker est le boss du cards calling. Dans cette vidéo, il montre à la perfection tout ce qu’il faut faire. D’abord dire “one time” en l’occurrence “I need to be lucky one time”. Appeler le 8d pour le tirage couleur et surtout ne pas s’arrêter là et appeler le Jd pour obtenir quinte flush vs flush max. Un statisticien dirait qu’il y avait une chance sur 1980. Mais les vrais savent que c’était du 100%  

Règle numéro 4 : battez Negreanu à son propre jeu
Que faire si vous partez à tapis contre Daniel ? prenez les devants et appelez les cartes avant lui. D’abord un K pour le tirage quinte et ensuite un très précis Js pour la victoire.  A noter que dans cette vidéo surréaliste, ce n'était pas l'adversaire direct de Negranu qui appelait les cartes. Peu importe, ça marche quand même. 

Règle numéro 5 : quand vous appelez un A, appelez un “Ace”, pas un “Ass”.
Voir comment la copine de Davidi a embarrassé tout le monde pour faire gagner son génie. 

Règle numéro 5 bis : quand vous appelez un A, ne l’appelez pas au flop ou au turn, tout le monde sait que les A préfèrent attendre la river pour sortir, n’est-ce pas Barry Greenstein ?