Poker et Finance - épisode 3

Poker et Finance - épisode 3
  • 12 avril 2012
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  • techniques générales de poker
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Marine Gessat alias «Maju» est une joueuse spécialisée dans les tournois en ligne et en live, qui cumule plus de 100000€ de gains. Elle travaille en salle de marché et nous livre au cours de cette série des pistes de réflexion pour améliorer notre jeu. Ce mois-ci elle aborde l'aspect psychologique et l'état d'esprit nécessaires à adopter pour mettre toutes les chances de son côté.

Maju Poker Finance

La quête de l'information

Quand un joueur de poker a terminé sa cession vers 8h00 du matin et va rejoindre Morphée, le trader commence sa journée sur son lieu de travail. Il lit la presse spécialisée et les annonces pour soulever les points importants qui peuvent avoir un impact sur l'économie, ainsi que sur les valeurs de son portefeuille. La recherche d'information et de tendance est capitale pour un joueur de poker car le jeu évolue rapidement. Il serait dangereux de se reposer sur ses acquis, un jeu gagnant aujourd'hui ne le sera pas forcément dans 2 ans. Par exemple le jeu actuel a tendance à être de plus en plus large et agressif avant le flop à coup de 3, 4 ou 5 bets et il convient de faire les ajustements nécessaires pour s'en sortir. Heureusement pour le joueur, il existe de nombreuses sources d'informations pour progresser : les livres techniques, les magazines, les forums, les radios qui font intervenir des joueurs, les logiciels d'analyse, les excellentes vidéos des professeurs de Poker Académie. L'information immédiate se diffuse à la vitesse de la lumière, aidée par la fibre optique et les satellites. Quand on pense au passé, une époque où il fallait attendre des semaines durant un messager ou un pigeon voyageur... On attend toujours le pigeon à une table de poker, mais pour une autre raison.

Un joueur de poker et un trader sont confrontés au même dilemme. Ils doivent prendre des décisions sans disposer de toute l'information nécessaire. En se basant sur ce qu'ils savent à un moment donné, il leur faut analyser, trier, rationnaliser pour faire le meilleur choix possible et augmenter leur chance de gain. On ne lit pas un adversaire comme on lit un journal, à moins qu'il ne débute dans le métier et nous ouvre grand ses pensées, avant de nous livrer ses jetons. Le premier élément à prendre on compte pour décider comment jouer est l'historique de notre adversaire. Est-ce un joueur gagnant ? Vient-il de gagner ou de perdre un coup ? Avons-nous déjà joué ensemble il y a une heure ou il y a un an ? Est-il susceptible de se souvenir des coups que nous avons disputés ? Se souvient-il de moi ? En finance, nous utilisons des logiciels techniques qui permettent de déterminer le passé d'une valeur pour en prévoir la tendance à venir. Il en découle une analyse chartiste, basée sur l'étude approfondie des graphique d'un titre financier. Si vous jouez sur internet vous avez l'équivalent : Sharkscope. Cet incroyable outil vous permet de savoir si votre adversaire est gagnant ou non, avec à l'appui son retour sur investissement et un graphique détaillé. Pas mal non ?

Dans le film Rain Man, Dustin Hoffman était capable de tout retenir comme un ordinateur. Mais voilà vous n'êtes pas autiste, même si vous avez passé une nuit entière à cliquer sur des tables de poker, avec pour seule compagnie une pizza pas spécialement savoureuse. Heureusement il existe des logiciels nommés trackers, qui enregistrent tout, tout, absolument tous les faits et gestes de vos adversaires. Il est ainsi possible de savoir qui est large, qui est serré, qui aime voler les blinds, etc. Même si vous n’avez pas joué contre un joueur depuis un an, le logiciel a stocké dans une base de données ces informations. Grâce au HUD du tracker (Head-Up-Display), ces statistiques sont superposées sur vos tables, immédiatement accessibles et s’actualisent en temps réel. Votre écran prend alors une allure une peu barbare, rempli de chiffres et de statistiques ô combien utiles, ce qui n’est pas sans rappeler les salles de marché. Les traders utilisent un nombre impressionnant d’écrans, à la recherche de la moindre information ou tendance en temps réel. L’information est le nerf de la guerre et la course technologique à l’armement est lancée.

Désinformation et manipulation

En live, savoir dissimuler les informations est une qualité essentielle, de même que donner de fausses informations pour tromper l’adversaire. En finance, il arrive que des investisseurs peu scrupuleux alimentent les rumeurs ou donnent de fausses indications visant à manipuler les cours de façon artificielle, dans le but de faire des profits. Essayer de manipuler ses adversaires est très utile au poker. En donnant volontairement de fausses pistes de lecture à vos adversaires et en brouillant les cartes, vous pourrez maximiser votre profit.

La part de l’intuition

Nous l’avons vu, l’information et l’analyse sont les éléments essentiels pour notre prise de décision. Mais il ne faut pas oublier de suivre son intuition. La confiance en sa lecture peut être aussi importante que le calcul des côtes. C’est ce qui rend ce jeu si beau : il n’y a jamais de réponse toute faite et qui ne dépend que d’un calcul. Certains joueurs célèbres sont peut-être moins bons techniquement que d’autres, mais ils savent déceler de la force ou de la faiblesse chez leur adversaire. Cette faculté les rend redoutables et capables de coups héroïques.

Georges Soros est un trader légendaire qui a réalisé un gros coup de poker en écoutant son intuition. Tout commence en Angleterre, en 1992. A cette époque, de nombreux articles dans la presse financière faisaient état de l'entrée de l'Angleterre dans la zone euro. Aux yeux de tous, l'Angleterre ne pouvait refuser, au risque de voir sa devise se déprécier. Il allait donc de soi que la décision du gouvernement aille dans le sens de l'euro. Le trader Georges Soros a préféré tout miser sur le contraire. Il décide alors de vendre pour 10 milliards de GPB (Livre Sterling). Pour tenter de stabiliser sa monnaie, la banque d'Angleterre liquida la quasi-totalité de ses devises étrangères de manière à contrebalancer cette vente massive opérée par Soros. C'est finalement Georges Soros qui remporta la bataille le 16 septembre 1992 alors que la banque d'Angleterre avait épuisé tous ses fonds. La prédiction de Soros devint alors réalité car la livre sterling plongea littéralement, lui permettant d'empocher un milliard de dollars, le tout en une seule et même journée ! Il fût surnommé « l'homme qui fit sauter la Banque d'Angleterre ». Chris Moneymaker et ses 3,5M$ de gains n’a qu’a bien se tenir. A suivre.