Le jeu au flop au Pot Limit Omaha

Le jeu au flop au Pot Limit Omaha

Le poker, et ce quelque soit la variante pratiquée, implique des mises. Pour autant, il ne faut pas miser à l’aveugle parce qu’on nous a dit que le bon jeu est un jeu agressif.
Il convient de savoir pourquoi l’on mise, ce que l’on veut réaliser au travers de nos mises et si elles ont un sens. En gros, on doit construire notre coup et ne pas se borner à cliquer sur 2 boutons – Pot + raise –

On misera pour value, ce qui est le plus intéressant dans la mesure où on aura le jeu gagnant et on extraira des jetons des tapis de nos adversaires pour les agréger au notre.
On misera pour protection, en effet, au PLO encore plus qu’au Holdem ou autre, nous aurons souvent une main forte/nutsée au flop mais qui pourrait voir arriver des cartes désastreuses pour notre force relative.
On misera pour Bluff, et là encore plus que pour les autres motifs de mises.
Il faut donc entrevoir les textures de flop et les actions réalisées préflop pour tenter de centrer/restreindre les ranges adverses.

La mise en value/protection :

Nous miserons pour value dès lors que nous serons avec une main forte ou en tous cas en avance sur le range adverse. Il conviendra donc de prendre en compte les actions préflop ainsi que les tendances de l’adversaire pour ne pas rater de value en ne misant pas lorsque nous sommes devant.

Imaginons que nous ayons Top 2 sur un flop sans tirage couleur et un vague tirage quinte (possible pour un inner wrap ou wrap « splité » par exemple).


Notre main : 
    
Sur un flop :
  
Nous avons 3bet préflop en étant au CO vs un joueur agressif ayant openraise UTG, que pouvons nous craindre et contre quoi pouvons/devons nous miser en value essentiellement ?
Les tendances du joueur adverse seront à prendre en compte pour diverses raisons, s’il est maniaque du check raise, nous pourrons effectuer notre Cbet et entrevoir dès notre mise de broke sur un hypothétique move du joueur en face de nous.


Face à une main du type QJT9 (le haut du range de l’adversaire agressif qui nous fait face, et ce même UTG), nous avons sur ce flop environ 67% d’équité, il ne faut surtout pas s’abstenir de miser du fait qu’il aura peut être l’idée (bien ambitieuse du fait de l’action préflop) de nous raise au Cbet et aussi du fait que le pendant naturel de la mise pour value est la mise pour protection.


La protection ici prend plusieurs « visages », en effet, l’arrivée d’un 6, d’une Q/J ou T pourra soit détruire notre équité soit stopper toute velléité agressive de noter adversaire.
Les autres mains possibles seront des mains KQJx qui n’auront guère plus d’équité contre nous.

Main/Equité et Adversaire

Le cas de l’adversaire agressif

Les brelans K ou A sont peu probables, du fait de la présence dans notre main d’un A et d’un K couplé au fait que notre agressif adversaire aurait plus probablement 4bet préflop en tous cas les As, et assez probablement les K si nous avons-nous même une image agressive et un peu d’historique avec cet adversaire. Reste le set 666, le joueur peut-il ?

1) avoir une main comprenant 66 : joue-t’il agressivement UTG les mains du style double paire 8866,7766,…, si oui l’avantage que nous avons est qu’avec notre 3bet il ne peut jouer son bottom set comme si il était nutsé ici, toutefois là encore les tendances sont importantes. La mauvaise nouvelle est que nous aurions dans les 25% en ce cas.
2) nous check/raise avec Top paire + Gutshot et peut être un backdoor flush draw : absolument et nous sommes encore très en avance contre lui ici.

Si nous intégrons ces différents éléments dans un range adverse nous conservons une avance de l’ordre de 2 contre 1 sur ce flop, et il faut donc miser/miser/miser.

Le cas de l’adversaire solide

Si maintenant nous prenons un adversaire plus solide, ce qui ne l’empêche pas d’être agressif mais en étant plus sélectif préflop et n’engageant ses jetons qu’en bonne position, nous pourrons réduire sa proportion de check/raise au flop qu’avec un top range contre qui nous splitons une bonne part, nous dominons une autre portion et enfin somme complètement crush par le reste (cette portion du fait du card removal effect est peu présent malgré tout et sera vraiment à « croisé » avec les tendances et la nititude/straight forwardess du joueur).


Si l’adversaire est vraiment de ceux qui ne s’engage qu’en étant favori, il sera peut être temps d’envisager le fold, cela peut paraitre weak mais si nous mettons tout ce qui peut partir à tapis ici chez un joueur solide, nous aurons une équité qui sera proche de 25%...
7766,AKQJ,AKQT,AKQJ,AQJT, KK

Je n’ai pas mis AA dans son range, du fait que la probabilité qu’il est AA est réduite du fait qu’il aurait trop souvent 4bet préflop.

Ici, un des autres arguments qui pèsera dans le fait de Cbet (quasi obligatoire après de plus notre action préflop et du flop trouvé – le quasi peut même se retirer) et le broke sur un check/raise même vs un joueur très solide, sera le SPR.

S’il est bas, la question ne se pose pas, ce sera un Cbet/broke, s’il est important, prendre sa balance et tout mettre dedans avant de décider sera peut être intéressant.


Toutefois et pour en finir avec ce paragraphe sur la value/protection, une des choses qui peuvent orienter vers un raise broke même contre un joueur solide est que pour la portion de split de la main nous pouvons voler l’équité de notre adversaire qui aura une tendance à nous mettre sur AA et qui pourra nous faire un move en s’estimant devant mais nous le forcerons à réévaluer la valeur de sa main quand il aura à faire face à notre move.

Le vol d’équité – outplay/valoriser:

Le vol d’équité peut se voir comme de la déceptivité par biens des points (pour mémoire, la déceptivité est une notion anglaise « deception value » qui est en fait une tromperie sur la valeur de notre main en rapport à la sienne.

Si nous reprenons le cas de figure du paragraphe précédent, ici nous pourrons éviter le split, voir même sortir d’une situation de léger freeroll si il avait AKQJ pour la même DP mais avec une Gutshot que nous n’avons pas.

Le vol d’équité ici sera de faire renoncer notre adversaire à l’équité qu’il pourrait avoir dans ce spot pour les fois où nous lui feront jeter sa main en pensant qu’il est dominé alors qu’il a la meilleure main à ce moment ou une main donc équivalente à la notre les fois où il aura AKxx.

Un autre aspect du  vol d’équité revient à représenter une main que nous n’avons pas ou au contraire par une action induire l’adversaire en erreur et lui faire prendre un shoot de bluff sur des outs améliorants notre équité/force absolue alors que notre action induirait une main ne percutant pas ces dits outs.

Exemple :
Nous avons 3bet 9988ds et le flop arrive 975, nous avons Top set, les bloqueurs de SD et nous même un Double Belly (Double Gutshot – J et 6) pour la quinte. Un adversaire agressif va pourvoir tenter de nous check/raise sur un tel flop du fait de notre 3bet qui va l’avoir induit en erreur et du fait duquel il va avoir tendance à nous mettre sur des grosses paires et ou gros Broadway, AA, KK, AKQJ (liste non exhaustive).


L’autre face du play est que lorsque nous aurons 3bet avec une main intéressante mais ayant complètement raté le flop, nous pourrons lui faire abandonner son équité via un bluff sur une combinaison de 3 cartes que nous pourrons aisément représenter.
En 3bettant TT88 nous pourrons cbet sur un flop sec Ace high avec de bonnes chances de réussites.

Pour en finir sur le jeu au flop (même si le tour de la question est loin d’avoir été fait), il est un peu une pierre angulaire du jeu au PLO, et ce sera d’autant plus vrai que les tapis seront peu profonds, s’il y a des plays qui demanderont un développement sur les streets suivantes les backdoors seront à prendre en compte et les tendances calling station de l’adversaire évidemment aussi.


Il n’y a rien d’arrêté au poker, au PLO comme dans les autres variantes, pour autant, certains spots seront assez basiques et nécessiteront de peser les options all in ou rien de par les tendances adverses et les équités qui sont présentes.

Il faut dès le préflop entrevoir les options qui vont s’ouvrir au flop, le nombre de joueurs qui sera présent (plus les limites sont basses, plus il sera important), notre équité réelle, les tendances du/des joueurs en face de nous (plus ils sont nombreux, plus il va falloir se borner à de la value/protection).


Au flop, on peut/doit déjà envisager le play sur les autres streets, prendre un carte gratuite IP du fait de la présence de plusieurs joueurs ou d’un adversaire particulièrement fervent check/raiser et ici un Cbet sans une équité solide serait lui permettre de nous retourner le vol d’équité contre nous, nous pourrions voir une turn gratuitement qui pour un bon nombre de cartes nous donnera une équité supplémentaire et intéressante et nous devrons tout de même lâcher sur un un gros raise en retour de notre Cbet.






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